Martinique : Entre les Autonomistes et les Indépendantistes, le corridor étroit de la Droite

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Par Yves-Léopold MONTHIEUX

J’ai pu choquer en écrivant que la droite martiniquaise a toujours été une droite « de gauche », c’est-à-dire une droite sociale. D’abord, par sa naissance à la fin des années 1950, issue des transfuges de la SFIO et du Parti communiste martiniquais. Ensuite, par l’œuvre sociale accomplie jusqu’en 1983, sous l’aiguillon des syndicats, en particulier la CGTM. Hormis la parité du SMIC, alors en cours de rattrapage, les progrès sociaux avaient atteint à cette date le niveau de couverture métropolitain. Tout ce qui a été obtenu depuis l’a été en même temps qu’en Métropole en une manière d’application en temps réel de l’assimilation. Ainsi, en dépit des discours, postures et babillages, la gauche socialiste, autonomiste et indépendantiste s’est installée dans la continuité de la politique assimilationniste de la droite et des syndicats d’avant 1983.

La gauche a abdiqué l’idée de rupture institutionnelle
Le mot d’ordre du moratoire a su donner un habillage idéologique acceptable à ce qui, après 30 ans de pouvoir, constitue la véritable abdication de l’idée de rupture institutionnelle. Situation mortelle pour la Droite qui n’a pas su vraiment s’opposer à ceux qui lui ont ainsi enlevé sa raison d’être. Victoire de son idée d’attachement à la France au sacrifice de ses élus.

On pourrait comprendre qu’elle soit amenée à s’associer au parti politique qui lui est le moins éloigné, un parti autonomiste plutôt qu’un parti indépendantiste. S’associer n’est pas se fondre, n’est pas disparaître. Tout se passe comme si, défiant l’ordre naturel du spectre politique ordinaire, la droite se retrouvait au centre de l’échiquier, déchirée quelque part entre la gauche dite classique et la gauche présumée extrême. Il est vrai qu’il est difficile de savoir ce qui sépare vraiment ces deux écuries électorales, l’une autonomiste, l’autre indépendantiste.

Que reste-t-il de la Droite et de sa dignité ?
Qu’est-ce qui reste de la Droite ? Quelques élus hagards, à l’écoute des sirènes, errant dans un corridor qui ne cesse de rétrécir, et se faisant tirer la chemise par les uns et par les autres, sans vraiment résister. Aujourd’hui, ces élus peuvent signer une motion condamnant une publicité invitant les jeunes martiniquais à partir travailler à la SNCF. C’est la négation de la droite.

Doit-on s’attendre à ce que ce revirement se prolonge dans d’autres domaines comme celui du recrutement dans la fonction publique d’Etat ? En effet, errant dans ce couloir de la mort, la droite martiniquaise n’inspire pas, elle souscrit ; ne choisit pas mais adhère. Elle ne s’allie pas, elle se livre ; ne s’associe pas, se dissout. Elle n’agit pas, elle tombe d’inanition. Devenue frivole, elle s’offre à ceux qui appellent à sa perte. Et de plus, il lui faut encore payer la note. Pas seulement en signant des motions contraires à ses valeurs. Pas seulement au prix de sa personne, sur le terrain, en campagne électorale parfois contre des candidats de son propre camp. Mais encore au prix de sa dignité, en courbant l’échine. C’est la torture : la gauche jubile.

Le choix difficile des jeunes élus de droite
La première grosse prise fut l’œuvre d’Alfred Marie-Jeanne, dans les années 1990. La droite en sortit groggy et divisée, mais ce ne fut qu’un emprunt. La prise de Serge Letchimy est partielle mais durable, c’est une absorption pure et simple : il n’y a plus de droite dans Ensemble pour une Martinique nouvelle (EPMN). Du grand art de la part du président du PPM, d’EPMN et du conseil régional.

Une lueur est apparue à droite aux dernières municipales. Tandis que certains, aux ordres, s’égayaient en ordre dispersé dans la campagne, un nombre inattendu de jeunes élus municipaux et communautaires est apparu. Ces jeunes gens de l’UMP et du PRM ont le choix, soit de succomber aux délices des bisbilles de leurs aînés, de leurs abandons, pire, avec leur aide ; soit de tenter d’inverser la vieille histoire de leurs vieux anciens et de prolonger l’espoir. En 2015, s’ils s’installent dans l’errance que ceux-ci leur laissent en héritage, en s’autodétruisant, cet espoir aura fait long feu. On peut cependant leur rappeler que le pire n’est jamais inévitable.

Yves-Léopold Monthieux, le 17 avril 2014.