Société : Peut-on être noir et homo aux Antilles ?

?????????????????????????????????????????????????????????????????Par Jacques F.

Je m’appelle Jacques F….., j’ai 34 ans, je suis antillais, noir et makoumè. Je suis marié à une femme et j’ai des enfants. Je fais très attention en public, pas parce que j’ai honte mais pour qu’on me fiche la paix. Au boulot, dans mon quartier et dans mes loisirs, j’entends beaucoup de bêtises sur les homosexuels. Quand le journal Creoleways m’a proposé de m’exprimer, j’ai hésité, et puis finalement j’aimerais dire deux ou trois choses.

Ceux qui disent que « Makoumè et lesbiennes c’est du vice » veulent mettre tout le monde dans le même sac. La plupart des homos sont des personnes sérieuses. Chez les hétéros aussi il y a des vicieux et vicieuses, alors que chacun balaye devant sa porte.

On entend souvent les Antillais dire « Makoumè é zanmi sé biten a blan ». C’est complètement faux! Ça ne se dit pas, mais des homos et des lesbiennes noir(es), il y en a toujours eu ! Pareil chez les z’indiens, syriens, békés, chinois… Nous sommes enseignants, ouvriers, médecins, commerçants, politiques, sportifs, fonctionnaires, etc….. Comme ailleurs, nous sommes une minorité, mais ici la sexualité c’est privé. Nos pays sont petits. Beaucoup d’homos se connaissent de vue, mais on ne peut pas parler d’une « communauté » gay aux Antilles. On ne se fréquente pas forcément. Il y a un ou deux night clubs « gay friendly » mais c’est pas chez nous que vous verrez une Gay Pride !

Se méfier des clichés

Parfois ça me fait rire d’écouter les gens. Pour eux, un type efféminé ou soigné c’est forcément un makoumè. Comme si un gros macho autoritaire qui conduit des charrettes à bœufs ne peut pas être makoumè ! C’est si rassurant de se dire qu’il y a une vraie différence entre homos et hétéros. Les gens pensent que dès qu’on voit un gars, ça nous excite. Mais pas du tout ! J’ai joué au foot pendant 15 ans sans que mes coéquipiers ne se doutent de rien. Je n’étais attiré par aucun d’eux. Ni tout nus ni habillés ! Et puis les homos ne sont pas tous les mêmes. Moi, les « folles » ou les drag-queens qui imitent les femmes hystériques, qui crient, qui se tortillent, je trouve ça vraiment ridicule.

L’éducation n’a rien à y voir

Quand un père antillais élève son fils, il lui dit: « Arété pléré kon makomè ! Ou ka mété zanno, ou sé on ti makoumè ! ». Mon père m’a élevé comme ça. Résultat : J’ai une voix grave, je ne pleure jamais, je n’ai ni collier ni boucles d’oreilles (contrairement à beaucoup d’hétéros !), je n’ai pas peur de me battre, de me salir ou de soulever des choses lourdes. Simplement, je préfère les hommes. Mon père a fini par accepter mais il s’en veut d’avoir « raté mon éducation ». Ce n’est pas un choix l’homosexualité. Vous découvrez bêtement un jour que vous n’avez pas d’attirance pour les gens de l’autre sexe et c’est comme ça. Certains réalisent à 40 ou 50 ans passés qu’ils sont homosexuels !

Dans la culture populaire

Les Antillais ne parlent d’homosexualité qu’en rigolant. Au carnaval de Martinique il y a des mariages burlesques : Les dames portent moustache et pantalons ; les hommes se maquillent, mettent de la lingerie sexy, des faux seins… En Guyane, au bal des touloulou, les danseurs mettent un linge qui couvre tout leurs corps. Vous ne savez jamais si vous dansez avec un homme ou une femme, un hétéro ou un homo. Nous rions aussi des blagues sur les gays, si elles sont drôles ! On aime le sketch « Victor makoumè » ; la chanson « Edamise oh, éla ! Si ni dé mè, ni on makoumè ! » ; ou « Il s’appelle Ziggy» de Taxicolor. La pièce comique de Jean-Pierre Sturm, « Ma commère Alfred » fait passer un message très positif. Dans un zouk, nous sommes les premiers à crier « yenki makoumè ki la ! », ça nous amuse !

Makoumè, lesbiennes et musique dancehall

Par le passé, les chanteurs Krys et Admiral T ont chanté des chansons homophobes qui m’ont vraiment choqué. Ça m’a fait mal de voir les jeunes Antillais danser sur « Makoumè, nou pa ka tchèk sa », « Mc Doom dead », « Brilé yo » et « Batty boy dead now » qui appelaient à brûler ou flinguer les « pédés ». Il a fallu l’émission de Cauet dans l’Hexagone pour que le Guadeloupéen Krys s’explique avec le Saint-Lucien Vincent Mc Doom. Et Admiral T s’est excusé car des associations allaient faire annuler ses concerts. Je n’en veux pas à ces messieurs, ils étaient jeunes. J’en veux au Dancehall jamaïcain qu’on appelle « Slackness » où il n’est question que de tuer ou mutiler des gays et lesbiennes. En plus on mélange homosexuels et pédophiles dans ces chansons ! Nos enfants, mes propres enfants, écoutent ça ! C’est grave !

Quelques homophobes hypocrites

Très souvent, ceux qui détestent les homos ne sont pas clairs avec eux-mêmes.

Il y en a qui sont obsédés par nous, qui voient des pédés partout, qui ne parlent que de ça. En vrai, ils sont bien intéressés mais ils n’osent pas sauter le pas !

Il y a le vrai mec viril qui répète « An pé pa vwè on makoumè ! » Mais il s’épile partout-partout, fait des masques d’argile douce et se parfume au « mâle » de Jean-Paul Gaultier ! Trop comique !

Il y a ceux qui rêvent de coucher avec deux lesbiennes pour soi-disant les rendre hétéro… pourtant ils ne supporteraient pas que leur fille soit lesbienne. Ça c’est une grosse perversion !

Ou bien le type qui mate les transsexuels sur internet et qui dit « Ah! Ils me plaisent ! Mais c’est pas des hommes, hon ! Ah non ! La preuve, ils ont des visages féminins, des porte-jarretelles et des tétés!».

Et puis il y a la femme qui hait les makoumè, et qui ne sait pas que son homme est attiré par eux ou même en est un. Tout ça existe.

Les Antillais plutôt tolérants mais des efforts restent à faire

Dans la Caraïbe, on peut aller en prison parce qu’on est homosexuel(le). Chez les anglais, les «batty boys» sont pourchassés et parfois même tués. Pareil chez les espagnols ou on traite les homos de « maricon« . A St.Marteen, il y a quelques années, un groupe de tarés avait démoli un touriste gay à coups de démonte-pneus. Chez nous, heureusement, ça ne va pas si loin ! On ne vous lynchera pas dans la rue mais on vous fera toujours sentir que vous n’êtes pas normal. Je trouve qu’en Martinique et en Guyane, les gens sont un peu plus tolérants qu’en Guadeloupe. J’ai des amis noirs qui ont préféré quitter les Antilles pour vivre leur amour au grand jour, en Europe ou aux Etats-Unis.

La loi sur le mariage gay ?

Ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Je ne pense pas que c’était une nécessité. La France et les Antilles ont des problèmes beaucoup plus sérieux à régler comme le chômage, la violence et l’insécurité. Les homosexuel(les) de Guadeloupe, Martinique et Guyane sont comme tout le monde : Ils travaillent, ils votent et ils payent des impôts. Ils veulent juste vivre en paix et qu’on les respecte avant de les juger. J’espère que les mentalités continueront d’évoluer pour le bien de tous.

Jacques F….. pour Creoleways

Comments

  1. Beau témoignage. C’est un travail de longue haleine au même titre que la lutte contre le racisme ou le sexisme…Mais j’espère sincèrement qu’un jour, si jamais j’ai un enfant ou un petit enfant qui soit homosexuel, il pourra vivre sereinement dans cette société et n’aura pas à subir ce que mes amis gays vivent au quotidien actuellement.

  2. Tres beau témoignage, le respect pour tous !!

    • Il faut etre tolérant et aussi pardonner. Mais mais il y a anguille sous roche. ? Et dans mon fond interieur..cest une decharge electrique que je ne peux….

  3. A reblogué ceci sur Envie de vibes positives ?.