Elections municipales 2014 : Pourquoi nos élus ont-ils peur du débat public ?

zéluloko_gwada2

Quelle est donc cette étrange manie qui frappe certains maires sortants de Guadeloupe ? Comment expliquer qu’en moins d’une semaine Jeannie Marc (Deshaies), Lucette Michaux-Chevry (Basse-Terre) et Eric Jalton (Abymes) aient giflé coup sur coup avec une telle force la majorité des téléspectatélecteurs de Guadeloupe ? Pour des raisons qu’ils estiment forcément valables, ces trois chefs d’édilité ont refusé de participer aux débats organisés, notamment par Guadeloupe 1ère et RCI, aux heures de grande écoute, dans le cadre des élections municipales.

Le contraste est saisissant quand on compare cette attitude avec celle qui prévaut dans les débats pléthoriques et les talk-shows diffusés à longueur d’heures et de semaines sur les médias nationaux : On s’y bouscule pour convaincre, se confronter à l’intelligence des autres et faire passer ses idées. L’axiome qui veut qu’en Guadeloupe on ne fasse quasiment rien comme ailleurs, explique peut-être pourquoi certains pratiquent avec une telle désinvolture la politique de la chaise vide. Faut-il qu’ils (elles) soient sûr(e)s d’être réélu(e)s dans un fauteuil !

Ce mépris cinglant n’est pas seulement pour les adversaires que l’on désigne à tous les téléspectateurs comme des moins que rien, il s’adresse aussi au media qui reçoit ; au journaliste qui anime les débats et, in fine, à nous autres, électeurs, que l’on considère (souvent, parait-il) comme captifs et sans cervelle. Comme des bamou, des bitako en somme…

« Tchiiiip ! Elèktè sé kouyon. Yo enmé mwen. Yo paka réfléchi. » C’est sans doute ce qu’ils doivent se dire, nos maires sortants fuyants. Sinon comment comprendre leur comportement ?

Ces élus ont-ils peur qu’on leur demande d’expliquer les enjeux de l’intercommunalité ? Qui peut le croire ? Ont-ils peur du journaliste Jacky Massicot ? Soyons sérieux ! Au cours de sa carrière, Massicot en a mis plus d’un sur le grill et personne n’est mort. Redoutent-ils d’être bousculés, déchiquetés par une meute de challengers affamés ? On peut en douter… Craignent-ils de devoir défendre leur bilan communal ? Se méfient-ils de Ti-Sonson (plus critique devant sa télé qu’en meeting électoral entre deux ti-punchs et un sandwich morue) ? Impensable! Et si tel est le cas, pourquoi briguer systématiquement nos suffrages ?

Il faut croire que beaucoup de nos élus –les mêmes qui en appellent régulièrement à notre civisme– ne supportent pas la plus petite critique publique. A fortiori une demande de confrontation d’idées. Qu’ils interprètent souvent une simple remarque, une demande de précision, une demande d’explication, une légère correction, la présence de contradicteurs ou l’émission du moindre avis divergent comme une agression extrêmement violente contre leur personne même. Exactement comme certains jeunes considèrent qu’un regard trop appuyé est une insulte, voire une déclaration de guerre.

Je ne vote ni à Deshaies, ni à Basse-Terre, ni aux Abymes mais durant cette semaine, j’ai été de ceux qui se sont sentis trois fois insultés en tant que Guadeloupéens. On se surprend dès lors à saluer la courtoisie et le respect élémentaires que nous ont témoigné ceux des candidats qui ont eu le courage de débattre devant nous. Disons-le : tout ça ne fait pas remonter nos politiques dans notre estime.

Mais gagner, mériter et conserver notre estime, qui s’en soucie parmi nos propres élus ?

Dominique DOMIQUIN, citoyen naïf et forcément déçu.