Matinik : Hommage à Bernard Petitjean-Roget, le « béké paradoxal »

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Bernard Petitjean-Roget, ancien Président de l’AMPI, ancien vice-président du groupe BIOMETAL et fondateur de la zone industrielle du Robert dans les années 80, était un Martiniquais hors du commun. Homme de culture, féru d’histoire et visionnaire en matière d’économie, il était apprécié de nombreuses personnalités de tous bords, de toutes origines et de toutes classes sociales. Eric Hersilie-Héloïse lui rend ici hommage.

C’était Bernard PETITJEAN-ROGET

Par Eric HERSILIE-HELOÏSE

Des suites d’une longue maladie, Bernard PETITJEAN-ROGET s’est éteint le 15 février dernier à Paris, à l’âge de soixante-huit ans. Encore une figure du monde créole qui s’évanouit, laissant des souvenirs à la pelle.

Le « béké paradoxal » de la pointe Lynch au Robert, laisse derrière lui deux enfants. Et surtout un nombre incalculable de recherches, contributions culturelles et réalisations dans les domaines culturels et historiques.

Si physiquement, Bernard avait tout du blanc créole, mentalement c’était un nègre ; avec toute la force et la fierté que ce mot signifie. Depuis Senghor (il avait passé son enfance en Afrique) à Césaire (Camille Darsière dira de lui « Bernard PETITJEAN ROGET est l’un des hommes les plus intelligents de Martinique »), en passant par son ami-frère Édouard de Lépine.

Toujours affable, le pas nonchalant, il promenait sa silhouette trapue de par la Caraïbe, comme si c’était son jardin. Rien ne lui échappait et il passait des heures à s’entretenir avec les acteurs de la culture de la région.

La villa familiale de la Pointe Lynch où il habitait depuis le décès de Jacques son père — co-fondateur de la Société d’histoire de la Martinique, centralien amoureux des Antilles, il créera le concept de Société d’habitation— fourmillait. Là, se rencontraient les esprits éclairés locaux et les chercheurs de passage. Lui, dans son fauteuil-planteur, donnait le « La », d’une voix nasillarde dont le débit lent et légèrement ironique, donnait l’impression que tout pour lui était facile.

L’élégance intellectuelle personnifiée

Parfois, pour asseoir son propos, il gravissait les marches de l’échelle de sa bibliothèque. « À l’époque où je m’intéressait à ce domaine, j’avais noté… » commençait-il. Et il présentait un incunable, dont on ignorait même l’existence. Le summum de la distinction ; un art consommé de toujours donner l’impression de facilité ; le refus de s’apitoyer sur son sort.

Pourtant, le sort ne sera pas clément avec cet homme libre et entreprenant. Visionnaire, il sera à l’origine de grands projets qui gêneront certains. Et lui vaudront des démêlées judiciaires longues et coûteuses. D’où il sortira lavé de tout soupçon. Mais blessé dans sa chair.

Pourtant, il reprendra le chemin des affaires. Et c’est ainsi qu’il participera à certains projets au Moyen-Orient et plus près de nous à Trinidad.

Quand, rattrapé par un cancer invalidant, il se sentira trop amoindri, il quittera la Martinique, demandant à ses amis de ne correspondre avec lui que par courriel. Il voulait que ces derniers gardent de lui son image et sa voix inimitables.

© Texte et photo Eric Hersilie-Héloïse (France-Antilles)

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.