Enfants réunionnais déplacés : l’Assemblée reconnaît la «responsabilité morale» de l’Etat

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A l’initiative de la députée réunionnaise Ericka Bareigts, l’Assemblée nationale a reconnu mardi la «responsabilité morale» de l’Etat dans l’exil forcé de plus de 1 600 enfants réunionnais vers l’Hexagone dans les années 60 et 70. Visiblement émus, plusieurs d’entre eux ont tenu à assister au vote de cette résolution mémorielle adoptée par 125 voix contre 14.

PS, Écologistes, PRG, Front de gauche et Divers Gauche ont voté « pour ». L’UMP s’y est opposée. L’UDI n’a pas participé au vote. Le gouvernement, à travers les ministres Victorin Lurel (Outre-mer) et Dominique Bertinotti (Famille), a apporté son «soutien sans réserve» à ce texte pour «tourner la page de cette double faute et de cette double peine».

Les interventions des députées réunionnaises Ericka Bareigts (PS) et Huguette Bello (Gauche Démocrate et Républicaine) ou encore celle de Michel Vergnier, député PS de la Creuse ont été empreintes d’émotion.

Pendant près de vingt ans, sans souci de leur volonté ni de celles de leurs parents, entre 1963 et 1982, le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les DOM), organisme créé par Michel Debré (alors député de La Réunion et ex Premier ministre du Général de Gaulle), a organisé le déplacement forcé de 1600 enfants réunionnais vers 64 départements ruraux de l’Hexagone, notamment dans la Creuse. Devenus « pupilles de l’Etat » ces enfants furent placés en foyers, familles d’accueil ou adoptives avec la promesse (qui ne sera pas tenue) d’un retour rapide dans leur île, une fois formés aux métiers de leur choix.

Selon les termes de la résolution parlementaire, Michel Debré entendait ainsi résoudre «le problème démographique et social dans les départements ultramarins en organisant, favorisant et développant la promotion d’une émigration massive vers le territoire métropolitain». L’extrême pauvreté et le taux alarmant de chômage (60%) faisant redouter aux autorités une grave explosion sociale.

Depuis 2002, ces déracinés sont plus communément appelés « les enfants réunionnais de la Creuse ». C’est l’année où Jean-Jacques Martial (déplacé en 1966), en redécouvrant sa famille à la Réunion, révèle le scandale de son placement forcé en famille d’accueil chez des paysans de ce département. Il portera plainte contre l’Etat et demandera symboliquement un milliard d’euros en réparations pour son « enfance volée ».

Cette politique « d’allègement » du BUMIDOM, était censée ne viser que les jeunes majeurs pour « résoudre le problème du chômage ». Elle s’est pourtant étendue aux enfants sous prétexte de « rééquilibrage » : En effet, il s’est rapidement agi de « dégonfler » les statistiques des départements français trop densément peuplés pour rétablir la démographie de ceux qui connaissaient un fort exode rural.

Aujourd’hui âgés de près de soixante ans, certains évoquent avec émotion leurs années de douloureux silence. Ils racontent la brutalité du déracinement ; les conditions de vie sinistres et les mauvais traitements.

En 2014, la députée réunionnaise Ericka Bareigts (PS), avait déclaré : « Il est grand temps de faire ce travail de mémoire et d’en parler sans être dans un esprit revanchard ni de victimisation. »

L’assemblée nationale demande que cette page sombre de l’histoire de France soit connue et diffusée et que « tout soit mis en oeuvre pour permettre aux ex-pupilles de reconstituer leur histoire personnelle ».

Francis Rogers (Creoleways)