Crise du carburant : La double irresponsabilité

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Dans ce débat crucial pour l’avenir des Antilles; afin de permettre à chacun de se faire une idée à partir de points de vue divergents, étayés (et courtois !), nous soumettons à nos lecteurs la tribune parue ce jour sur le site de Contact Entreprises.

La fermeture des stations-service et ses conséquences désastreuses pour l’économie martiniquaise sont le fruit d’une double irresponsabilité :

1- l’irresponsabilité du gouvernement :

Etait-il si urgent, au moment où la Martinique s’enfonce dans une crise sans précédent, d’allumer un tel feu en prenant le risque énorme de déstabiliser toute une filière économique ? Une filière qui, malgré ses imperfections, nous garantit aujourd’hui un prix du carburant moins cher que dans l’hexagone, des milliers d’emplois dans les stations, et la présence sur notre sol d’un fleuron industriel, la Sara. Tout ça pour espérer gagner… un centime d’euro par litre !

En s’attaquant ainsi à la filière carburant, le gouvernement s’est détourné de la priorité la plus urgente, celle qui doit nous mobiliser tous, 24h sur 24 : le redressement des entreprises martiniquaises et l’emploi.

Jamais les entreprises de Martinique n’ont été aussi fragiles. Jamais les dépôts de bilan n’ont été aussi nombreux. Jamais le chômage n’a été aussi massif : le quart de notre population est touché, près de 60% des jeunes de moins de 25 ans sont sans emploi. Le chômage de longue durée s’installe et les dégâts humains sont immenses.

En Martinique, c’est bien la lutte pour l’emploi qui doit être la toute première priorité, tout comme cela a été annoncé dans l’hexagone. Mais curieusement, ce qui est valable pour la France continentale ne semble pas l’être pour nous. Pourtant la problématique de l’emploi est beaucoup plus lourde ici qu’à Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux…

Dans ce conflit, la lutte pour l’emploi s’est donc effacée derrière la lutte contre la vie chère, slogan qui a autorisé bien des dérives populistes, et pour le moins irresponsables.

Il est temps de remettre les choses à l’endroit et de revenir sur la seule priorité qui vaille : la lutte pour l’emploi en redonnant aux entreprises les marges de manœuvre qu’elles ont perdues.

Mais cette première irresponsabilité s’accompagne hélas d’une seconde, celle des acteurs de la filière carburant.

2- l’irresponsabilité de la filière carburant :

Quelles que soient les raisons qu’ils invoquent, les acteurs de la filière – chefs d’entreprises de surcroit – ont fait preuve d’une grande irresponsabilité en asphyxiant d’avantage toute l’économie martiniquaise. En s’autorisant ce type d’actions, ils pratiquent une politique de la terre brulée totalement inacceptable. Ils portent directement un coup très dur aux différents secteurs économiques de la Martinique dont ils connaissent parfaitement les immenses difficultés.

Il est temps qu’un principe très simple prévale lors des conflits sociaux en Martinique : Aucun secteur ne peut s’arroger le droit de prendre en otage l’ensemble de l’économie de la Martinique pour défendre ses intérêts. Et ceci, nous le répétons, quelle que soit la justesse de ses revendications. Il y a là une ligne rouge qui ne doit jamais être franchie.

Faut-il insister sur l’état de désespérance dans lequel se trouvent les acteurs du tourisme, eux qui se battent depuis quatre ans pour redresser l’image extérieure de la Martinique redevenue aujourd’hui la « strike island » ? Doit-on évoquer les conséquences d’un tel conflit pour nos industries dont les dirigeants et les salariés se battent pour défendre nos « PIL » ? Ou pour nos commerçants qui voient leurs espaces désertés…

La réalité c’est que les très grandes difficultés de la majeure partie des entreprises de ce pays seront encore accrues par la réaction disproportionnée des acteurs de la filière carburant. Et il est à craindre une nouvelle fois que l’on constate dans quelques semaines une accélération de la mortalité de nos entreprises qui ne pourront pas résister à ce nouveau choc, et ceci dans la plus grande indifférence collective.

Nous en appelons donc à un recentrage général des énergies sur la véritable bataille centrale que nous devons mener tous ensemble, celle de l’emploi, plus particulièrement celui des jeunes qui est si crucial pour l’avenir de notre pays. Et cette bataille de l’emploi ne peut passer que par celle de l’entreprise.

Contact-Entreprises, 5 février 2014