Carburants Guadeloupe : Quand Danik I. Zandwonis fait son Cinéma

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Ne blâmons pas une contrariété : Grâce au conflit des carburants et aux blocages qui, encore une fois, plombent la Guadeloupe, piti a piti, Creoleways koumansé vin on Lakou. C’est-à-dire un lieu de débat où, en restant courtois, chacun peut exprimer ses opinions pour faire avancer le schmilblick. Ci-après, l’éditorial du journaliste indépendantiste guadeloupéen Danik I. Zandwonis (dit « l’Insubmersible »), paru il y a 3 jours sur caraibcreolenews.com. L’auteur y envisage, avec humour et ironie, plusieurs scenarii plus ahurissants les uns que les autres. Pénurie d’essence et catastrophe sanitaire se combineront-elles à notre plus grand désespoir ? Y a t-il, dans ce blockbuster made in Gwada quelque once de vérité ? A vous de juger… mais chut ! La séance commence. Quelqu’un a du pop-corn ?

Epidémie de Chikungunya et TOTAL blocage : scénario d’une crise

Danik I. ZANDWONIS

Pointe à Pitre. Jeudi 30 janvier 2014. CCN. La grève déclenchée par les gérants de stations service des quatre dernières colonies est arrivée ce jeudi à son paroxysme. En Guadeloupe, en Guyane (dans une moindre mesure), en Martinique et à La Réunion, après le grand rush de ces dernières 48h, toutes les stations-service sont fermées et personne ne sait quand elles rouvriront. Personne ne sait non plus si les négociations, brutalement interrompues lundi par les gérants de stations, reprendront. Les patrons du MEDEF Guadeloupe, si prompts à dénoncer les grèves des salariés, sont pour l’heure en mode TOTAL silence. Une grève des carburants qui démarre en pleine crise du Chikungunya. Sommes-nous au bord d’une catastrophe économico- sanitaire ?

C’est le Guadeloupéen Patrick Collé, Président des Syndicats des gérants de stations, qui est en première ligne. On l’a vu et entendu partout, dès lundi, à la sortie de la dernière réunion de Bercy, annoncer que pas une goutte d’essence ne serait distribuée à partir de ce jeudi. Il a eu raison. Toutes les stations sont désormais fermées. Tous les scénari sont aussi envisageables.

Scénario 1. La grève dure plus d’une dizaine de jours et se durcit. Pas de reprise du dialogue. Plus rien ne fonctionne. C’est le grand bordel. La révolte populaire gronde. Les pétroliers jubilent. En Guadeloupe et en Martinique, l’épidémie de chikungunya progresse. Que fait le Gouvernement français ? Il lâche du lest et décide, comme en Bretagne, de reporter l’application du décret Lurel à une date non précisée. Coup de théâtre politique. Le Ministre des Dernières Colonies Françaises (MDCF), qui avait accepté, presque contre son gré, le poste de ministre, se voyant lâché par un gouvernement incapable de résister à Total, démissionne. Crise politique ? Pas vraiment. Elle ne serait pas politiquement trop grave pour Hollande car, en France, Lurel fait partie de ces ministres «invisibles» dont on ne parle presque jamais dans la presse parisienne. Lurel n’est pas Taubira ! Mais cet échec serait cruellement ressenti, par l’ex président de Région. Pourquoi ?

On sait qu’en acceptant d’aller à la rue Oudinot, le MDCF avait mis deux conditions : faire baisser les prix dans les grandes surfaces et obtenir une baisse du prix des carburants, en «revisitant », par décret, les marges des pétroliers. Mais la réalité dépasse la fiction. Les prix n’ont pas vraiment baissé, ni pour la ménagère et encore moins pour les automobilistes. Total n’a pas cédé. Donc retour à la case départ pour Lurel. Retour à kaz, c’est-à-dire à la Présidence de Région. Ne le souhaite-t-il pas déjà ?

Scénario 2. Malgré le blocage total, le gouvernement français ne cède pas. Lurel est soutenu par Hollande, malgré la pression de Total, de Bercy et des lobbies patronaux. Dans les colonies, la colère monte. Des stations et peut-être même la SARA, sont prises d’assaut et incendiées. Du coup, Lurel lance l’idée d’une nouvelle organisation de la distribution des carburants dans les Colonies Françaises d’Amérique. Le Venezuela est contacté. Total et la Sara sont mis hors circuit. L’accord « Petro Caribe » de Chavez est négocié et étendu à la Martinique, à la Guadeloupe et à la Guyane. Le prix du litre de carburant peut diminuer de plus de 50%. Lurel sort un temps gagnant de l’épreuve. Il ne démissionne donc pas. Mais La filière pétrolière est alors totalement bouleversée. Les stations services Total ferment les unes après les autres. Qui prend la suite ? Il faudra plus d’une année pour tout remettre en ordre, et pendant ce temps, les automobilistes sont en panne sèche. L’économie est bloquée. Les concessionnaires de voitures sont au niveau zéro. Plus rien ne marche. Les touristes ne viennent plus. Scénario catastrophe mais oui, il ouvre la voie à un autre scénario.

Scénario 3. Sans aucun doute, celui d’une négociation rapide. Selon nos informations, mercredi soir, le Medef s’est réuni pour examiner la situation. Les patrons sont un peu gênés, car tout en critiquant vertement la «Méthode Lurel», qui disent-ils, « a froissé certains », ils s’aperçoivent que l’économie du pays va vers un grand blocage. Des rencontres sont prévues avec les autres composantes du patronat (CCIG, CGPME…). La proposition qui risque d’être faite est de demander au gouvernement français de reporter à 6 mois au moins, la date d’application du projet. Seront-ils entendus ? Pas impossible. Mais il ne s’agirait que d’une «pause», car le vrai problème et les vraies solutions sont ailleurs.

Scénario 4. Jusqu’ici, le front syndical guadeloupéen est resté silencieux, mais il demeure très «véyatif » et renvoie dos à dos le décret Lurel et l’attitude de Patrick Collé et des pétroliers. Derrière tout ce remue ménage, semble t-il, il y a aussi la volonté de Total de se servir du décret Lurel pour fermer définitivement les stations services les moins rentables et de continuer à empocher des bénéfices, car Total n’acceptera jamais la transparence souhaitée et ils ont les moyens de refuser.

Le « Bon » scénario, ce serait donc la mise à plat de la filière, la création d’une société d’économie mixte, pour remplacer la SARA. L’approvisionnement en carburant pourrait se faire au Venezuela ou à Trinidad qui, contrairement à ce que l’on dit, peuvent fournir du pétrole moins cher et aux normes européennes. Ce scénario remettrait totalement en cause la dictature de Total et permettrait de faire baisser vraiment le prix du carburant, de sauvegarder l’emploi et d’assainir, une fois pour toutes, ce secteur. Mais à la Région, au MDCF, est-on prêt à envisager cette solution?

Pour l’heure, Total, qui est un Etat dans l’Etat français, a les moyens de continuer à s’imposer et à faire reculer même le Gouvernement.

Scenario zéro. Dans tous les cas de figure, les jours de Lurel semblent être comptés. Et le prix du litre d’essence n’est pas prêt de baisser. Les dés sont pipés.