Conflit des carburants : Les DOM pris en otages par les gérants de stations-service

essence

Après la réunion houleuse du 28 janvier à Bercy où le dialogue a été brutalement rompu, au grand mécontentement des populations des DOM, les gérants de stations-service ont mis leur menace a exécution : Fermeture dès hier soir, minuit, pour une durée illimitée. Au motif que les décrets « Lurel » à venir menacent les stations-essence, l’intersyndicale refuse l’application des arrêtés de méthodes. Le front des gérants semble toutefois désuni en Guyane: à en croire Sylvie Désert, présidente du groupement local, ces derniers ne sont pas favorables à la grève lancée par Patrick Collé.

Encouragé par les élus ultramarins, le gouvernement semble toujours bien décidé à ne pas subir la pression des compagnie pétrolières.

En Guadeloupe Colette Koury Présidente de la CCI, Willy Rosier du CTIG ont mis en garde contre l’impact mortifère de cette prise d’otage sur l’économie de l’Archipel. En Martinique où se trouve la raffinerie SARA (sous contrôle des pétroliers, mais pourvoyeuse d’emplois et source de recettes fiscales) seul le Député Bruno Nestor Azérot a co-signé le communiqué des parlementaires recommandant au gouvernement de tenir bon. Côté patronat, Pierre Marie-Joseph, Président de l’AMPI et Emmanuel de Reynal, Président de Contact-Entreprises, condamnent « fermement le mouvement en cours » et cette « prise d’otage systématique ».

Communiqué des parlementaires d’Outre-mer

Les parlementaires d’outre-mer appellent le Gouvernement à ne pas céder au nouveau chantage de la filière carburant en Outre-mer

Après un mois de janvier consacré à des réunions techniques pour la mise en œuvre des décrets du 31 décembre 2013 sur la réforme de la fixation des prix des carburants Outre-mer, les gérants de stations-services ont brutalement quitté la table des négociations après 2 heures de réunion justement consacrée à l’examen de leurs propositions et appellent déjà à une grève en menaçant donc à nouveau les consommateurs.

Les parlementaires d’Outre-mer appellent fermement le Gouvernement à ne pas céder à ce chantage organisé par quelques compagnies pétrolières dont le bénéfice annuel net avoisine les 40 M€ dans l’Océan indien et 33 M€ aux Antilles-Guyane dans une filière qui dégage dans son ensemble près de 100 millions d’euros de profits.

Ils rappellent notamment aux gérants de stations-services que leur marge nette, ainsi que celle des grossistes, n’est pas impactée par la réforme : seule la marge des compagnies pétrolières est concernée par celle-ci afin d’aboutir à une baisse du prix à la pompe.

Les gérants de stations-services doivent donc cesser de se laisser manipuler par les compagnies pétrolières qui les utilisent pour défendre leur seule rente de situation Outre-mer au détriment du consommateur et des économies ultramarines.

M. Ibrahim ABOUBACAR, député de Mayotte,
Mme Ericka BAREIGTS, députée de la Réunion,
Mme Chantal BERTHELOT, députée de Guyane,
M. Jacques CORNANO, sénateur de Guadeloupe,
Mme Karine CLAIREAUX, sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon,
M. Félix DESPLAN, sénateur de Guadeloupe,
M. Edouard FRITCH, député de Polynésie Française,
M. Jean-Claude FRUTEAU, député de la Réunion, président de la délégation aux Outre-mer,
M. Jacques GILLOT, sénateur de Guadeloupe,
Mme Annick GIRARDIN, députée de Saint-Pierre-et-Miquelon,
M. Eric JALTON, député de Guadeloupe,
M. Patrick LEBRETON, député de la Réunion,
Mme Gabrielle LOUIS-CARABIN, députée de Guadeloupe,
Mme Monique ORPHE, députée de la Réunion,
M. Georges PATIENT, sénateur de Guyane, président de l’Intergroupe parlementaire des Outre-mer,
M. Napolé POLUTELE, député de Wallis-et-Futuna,
M. Boinali SAÏD, député de Mayotte,
M. Gabriel SERVILLE, député de Guyane,
Mme Hélène VAINQUEUR-CHRISTOPHE, députée de Guadeloupe,
M. Jonas TAHUAITU, député de Polynésie Française,
M. Jean-Paul TUAIVA, député de Polynésie Française,
M. Michel VERGOZ, sénateur de la Réunion,
M. Jean-Jacques VLODY, député de la Réunion.

Communiqué des organisations patronales en Martinique

Une fois de plus, un secteur de notre économie a décidé de prendre en otage la collectivité pour faire valoir son point de vue dans le cadre d’un conflit.

Sans nous prononcer sur la justesse ou non des positions défendues par ce moyen et même s’il est permis de s’interroger sur la manière dont les représentants de l’Etat ont conduit jusqu’ici les négociations, les organisations signataires du présent communiqué tiennent à réaffirmer avec la plus grande fermeté le principe intangible suivant :

Aucun secteur n’a le droit de prendre en otage l’ensemble de l’économie de la Martinique pour défendre ses positions quelle que soit, par ailleurs, l’éventuelle justesse de celles-ci.

Nous condamnons donc fermement le mouvement en cours. Nous invitons les parties prenantes à manifester leur sens des responsabilités en y mettant un terme et en privilégiant la voie des négociations.

On ne peut ainsi délibérément accroitre les difficultés des entreprises et de leurs salariés dans un contexte qui est déjà extrêmement délicat. Cette culture de la prise d’otage systématique de notre économie en cas de conflit doit être clairement combattue. Il faut y mettre un terme.

Là aussi, la fin ne peut justifier les moyens.

Pierre MARIE-JOSEPH, président de l’AMPI

Emmanuel de REYNAL, président de Contact-Entreprises