Lettre à Taubira : Walwari répond aux « révolutionnaires autoproclamés »

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Réponse du mouvement Walwari à la lettre ouverte de Claudette Duhamel, Maryse Duhamel et Dominique Monotuka

Walwari ne pouvait rester silencieux face au procès à charge des auteurs de cette lettre contre Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et membre fondateur de Walwari. Nous prenons donc la parole pour rappeler quelques faits et interroger les motivations de nos révolutionnaires autoproclamés.

Que peut donc justifier une telle diatribe ? Il faut dire que certains de ses auteurs sont coutumiers de l’indignation de confort, celle que l’on exprime paisiblement à l’abri d’un petit écran, loin des risques du militantisme de terrain et des combats d’avant-garde. Mais surtout, ces auteurs veillent bien à s’indigner en parfaite cohérence avec la majorité de ceux qu’ils jugent légitimes, histoire de s’attirer leurs bonnes grâces. Ces gens-là ne sont pas des leaders. Ils suivent la vague.

Nos auteurs à la plume survoltée dépeignent un portrait de Christiane Taubira qui aurait trahi ses combats passés. Il y aurait, à les lire, un avant et un après son entrée au gouvernement.

Avant. C’était l’auteure (et non le rapporteur, confusion surprenante pour les femmes et homme de loi qu’ils se targuent d’être…) de la Loi Taubira reconnaissant la Traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, votée en 2001.

Après. C’est désormais « un bouffon », auteure de la Loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, qui ne s’est pas émue de l’arrêt défavorable de la cour de cassation rendu en lien avec la Loi Taubira de 2001 ; qui n’a pas poursuivi les racistes du Front National et du journal Minute qui l’ont insultée ; qui ose condamner les dérives d’un humoriste qui, de par sa couleur de peau voisine de la sienne, mérite son soutien inconditionnel (sic).

Avant/Après. Une dichotomie on ne peut plus simpliste et tellement en phase avec les thèses conspirationnistes auxquelles leur protégé adhère ouvertement.

Mais et nos révolutionnaires, où étaient-ils avant, après et pendant ? Pendant que Christiane Taubira subissait et continue de subir les attaques haineuses de ses adversaires, à commencer par ceux issus de la droite et de l’extrême droite, où étaient-ils donc tapis ? Pendant qu’elle défendait courageusement et faisait voter à l’unanimité sa loi de 2001, où étaient-ils cachés ? Quand l’aile droite de l’UMP et le FN s’indignaient de la nomination d’une négresse (qualifiée d’indépendantiste pour faire plus lisse) au gouvernement, où dormaient-ils ? Quand des bananes lui étaient brandies, des arbres lui étaient désignés comme logis, quand elle était traitée de singe, où se terraient-ils donc ? Aujourd’hui ils l’accusent, de façon mensongère, de n’avoir pas protesté. Pourtant, elle rappela haut et fort que l’idéologie du FN était « mortifère et meurtrière », ce qui lui valut une plainte de la Présidente du FN ; elle affirma que les attaques qui la visaient constituaient « une attaque au cœur de la République » mettant en danger des millions de citoyens ; elle s’exprima publiquement pour s’étonner qu’aucune « belle et haute voix » ne se soit élevée. On n’entendit aucun de ces rebelles s’indigner. Silence inquiétant qui nous montre bien que le courage fait défaut à nos révolutionnaires quand les risques encourus sont élevés.

Pourquoi ne se sont-ils donc pas exprimés à toutes ces occasions ? Pourquoi, en leur qualité d’avocats, n’ont-ils pas investi les tribunaux pour défendre la Loi Taubira qu’ils déclarent en danger, ou encore pour prêter main forte aux avocats de Guyane qui ont gracieusement constitué un dossier de plainte contre la candidate du FN ?

On peut aussi s’étonner qu’ils n’exercent pas leur sens critique pour interroger les propos et prises de position de Dieudonné, dont les accointances avec le Front National ne semblent pas les déranger ; qui fit de Jean-Marie Le Pen le parrain de sa fille ; ou encore qui fut candidat aux élections européennes de 2009 aux côtés d’Alain Soral, ancienne plume de Jean-Marie Le Pen.

Chose étrange, et dans un autre registre, on ne les a pas nous plus entendus élever la voix quand Raphaël Confiant – et Jean Barnabé dans une moindre mesure – insultaient l’ensemble des Guyanais durant le conflit de l’Université des Antilles-Guyane de novembre 2013. Peut-être sont-ils de ceux qui n’ont toujours pas pardonné à Madame Taubira son implication dans la résolution de ce conflit. Peut-être sont-ils de ceux qui n’ont absolument rien compris aux aspirations légitimes que la jeunesse de Guyane a exprimées lors de cette grève, et qui perçoivent – à tort ! – la création de l’Université de Guyane comme un inacceptable dommage causé aux intérêts de nos voisins. Peut-être ces vengeurs masqués ont-ils donc des comptes à régler avec une femme qui a accompli à elle seule ce qu’eux, même mesquinement ligués, n’accompliront jamais. Contrairement à ces révolutionnaires en herbe, Madame Taubira a déjà laissé son empreinte dans l’Histoire. Et leurs gesticulations, pas plus que les insultes dont ils se font l’écho, n’y changeront rien.

Nous réaffirmons que le racisme et l’intolérance, d’où qu’ils viennent et quels que soient ceux qu’ils visent, sont à combattre. C’est ce qui nous a conduits à porter plainte contre le FN et sa candidate Anne-Sophie Leclère pour les insultes proférées à l’endroit de Mme Taubira. Et c’est aussi lui qui nous amène aujourd’hui à considérer que nombre des propos de Dieudonné sont intolérables.

Nous comprenons que, par son franc-parler et sa posture prétendument anti-système, cet humoriste incarne un refuge pour nombre de jeunes auxquels la société française refuse d’accorder la place à laquelle ils ont droit. Nous savons que cette sinistre affaire est le reflet de l’échec de cette société française qui continue à produire de l’exclusion et de la discrimination. Mais nous sommes bien conscients que des apprentis-sorciers se servent de la saturation légitime d’une jeunesse pour faire avancer leurs sombres thèses racistes. Et nous nous emploierons à débusquer, dénoncer et combattre leurs sinistres desseins qui n’annoncent qu’un naufrage collectif.

Walwari et Génération Walwari (section jeune)

Lire la lettre ouverte qui a suscité cette réponse ICI