Frantz Succab : « la vie politique se dépolitise à grande vitesse »

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La campagne des municipales est lancée. La foule des candidats (avec ou sans idées) est dans les starting blocks. On ne va pas se mentir : les péripéties électorales, les petites phrases, les joutes verbales, la polémique et les rebondissement; les guadeloupéens aiment ça. Ils le disent, ils le sentent, cette année, dans certaines communes, biten-la kay cho ! En vieil observ-acteur, Frantz Succab se demande si pour jauger un candidat ou un discours, l’approche journalistique doit désormais se limiter à la comparaison de performances statistiques au détriment des projets et des débats de fond.

A PA LÈ A POLITIK…

Par Frantz SUCCAB

La vie politique se dépolitise à grande vitesse et de manière inversement proportionnelle à l’importance politique des enjeux du long terme. Plus il y a de candidats municipaux, moins il y a d’idées politiques en lice. Il faut se rendre à l’évidence, l’obsession la mieux partagée est celle du fric. S’il n’y avait que des idées à mettre en œuvre pour l’intérêt général et peu d’indemnités pour les élus, on se demande s’il n’y aurait pas beaucoup moins de candidats… En tout cas, moins de « Népòt-ki-moun. »

J’entends déjà de nombreux observateurs me dire : « A bon… Sé konyéla ou vwè sa ? ». Devant ceux-là, on ne peut qu’avouer un angélisme coupable : il y a des choses qu’on voit, mais sans vouloir trop y croire, à cause d’une certaine idée de la chose publique. Hélas incongrue parmi les observateurs blasés. Être blasé, n’est-ce pas la posture qui vaut réalisme et sagesse de nos jours ?

Cependant, personne ne m’enlèvera de l’esprit que ce soi-disant « réalisme » ambiant couvre et favorise toutes les médiocrités. Imaginons un homme politique digne de ce nom affrontant le combat municipal avec une idée de transformation de la Guadeloupe, en établissant un lien fécond entre le changement local et l’émancipation globale du pays ! Où et comment pourra-t-il l’exprimer?… On le présentera d’emblée comme un doux rêveur, aussi marginal que l’idiot du village.

On ne prépare pas la grande masse des citoyens à entendre autre chose que des pronostics de course de chevaux. Il n’y a qu’à voir la trouvaille de Monsieur Stimpfling de Guadeloupe 1ère, le fameux « scanner » qui marque le début de la campagne : un classement des communes sur des critères strictement non-politiques, tels qu’on est curieux de savoir laquelle sera la première. Cela oblige chaque candidat, singulièrement le sortant, à des comptes d’apothicaires, mais surtout pas à l’expression d’un projet politique.

Voilà qui pousse le plus grand nombre à partager comme pain béni la remarque la plus infamante que j’aie jamais entendu : « A pa lè a politik, sé lè a élèksyon. »

Frantz Succab

Auteur de théâtre, journaliste indépendant.