Sociologie : Merci à l’équipe de France de football !

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Suite à l’exploit récent de l’équipe de France, qui en battant l’Ukraine 3-0 en match de barrage retour, s’est qualifiée in extremis pour la coupe du monde de football en juin prochain au Brésil, nous publions ce cri du cœur de la sociologue Patricia BRAFLAN-TROBO, connue pour son engagement dans la lutte contre les violences faites aux femmes et qui s’est notamment spécialisée dans le management des Noirs guadeloupéens descendants d’esclaves.

Merci à l’équipe de France de football

par Patricia BRAFLAN-TROBO

Merci à l’équipe de France de football masculin qui depuis quelques années me sert d’illustration dans mes formations de management. Depuis l’Afrique du Sud avec l’épisode de Knysna qui aurait du donner naissance à quelques bons ouvrages sur le management d’équipe.

Dans ces formations de management, souvent les managers, les collaborateurs pensent que s’ils avaient une meilleure équipe, LA meilleure équipe, les choses se passeraient mieux, ils auraient de meilleurs résultats,….

Je leur explique, exemple donc de l’équipe de France de football masculin à l’appui, que les meilleurs ne font pas la meilleure équipe. Les meilleurs dans une équipe sont juste les meilleurs dans une équipe. C’est juste une addition de meilleurs. Une addition de meilleurs ne fait ni une équipe, ni une bonne équipe, ni la meilleure équipe. C’est seulement un groupe de meilleurs, un rassemblement de meilleurs. Ces meilleurs peuvent être excellents ailleurs et nuls pour faire équipe. C’est le cas avec l’équipe de France de football.

Pourquoi ? Parce que le tout ce n’est pas d’avoir les meilleurs, c’est qu’il faut (là est le vrai challenge) faire ces meilleurs faire équipe. Et c’est là que les bons managers, les bons sélectionneurs, les bon entraineurs se révèlent. Et là seulement.

Pas seulement bons techniquement, mais bien plus que ça. Bons du point de vue de la personnalité, du charisme, de l’engagement, de la psychologie, qui inspirent le respect et qui sont respectés, qui peuvent mettre les vrais enjeux en perspective et les faire prendre en compte par tous les membres de l’équipe en fonction de leurs capacités, de leur personnalité, avec leurs humeurs, leurs forces, leurs faiblesses, leurs défauts, ….

Managers, entraineurs, sélectionneurs qui doivent trouver le plus petit dénominateur commun qui servira d’élément de motivation, non pas à tous les membres de l’équipe, mais au plus grand nombre. Car c’est connu, il y a des membres de l’équipe (oui ils sont dans l’équipe et font partie de l’équipe) qui restent parfaitement imperméables à quasiment tous les éléments de motivation déployés pour les faire agir, et ce quand bien même on aurait fait attention à choisir les meilleurs, les plus motivés, les plus plus…..

Il y en a qui sont bons ailleurs mais qui seront mauvais là juste pour contrarier, humilier, blesser un collègue, un coéquipier ou même une nation, un pays avec qui ils ont un problème. Dans une équipe chacun a sa propre stratégie qui parfois n’a rien à voir avec la stratégie officielle de l’équipe. L’équipe est une somme d’individualités qu’il faut faire faire équipe.

Quand on voit par exemple, la composition ethnique de l’équipe de France de football et le climat de racisme libéré presque joyeux de cette même France, comment ces joueurs, dont les groupes sont sans cesse méprisés, pointés du doigt peuvent-ils avoir envie de tout donner pour ce pays qui ne les reconnait que sur les terrains de foot ?

Il faut bien qu’ils prennent aussi leur revanche quelque part. Faire ou ne pas faire équipe c’est aussi ça. Envoyer des messages.

Bon, alors, en attendant que l’équipe de France de football trouve cette magique alchimie, je lui dis merci. Je continue à démontrer à mes managers que les meilleurs individuellement et ailleurs peuvent être bien nuls mis ensembles à un moment. Par contre quand on trouve cette pincée magique, ce plus petit, voire tout petit dénominateur commun féérique on peut faire de ceux que l’on pense nuls de vrais meilleurs ! Et c’est là que le management (de toutes les équipes : sportives ou autres) sort de la science, de la théorie, pour devenir un Art.

Pour la grève de Knysna http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_Knysna

Patricia Braflan-Trobo

Source : http://patriciabraflantrobo.blogspot.com/

Bibliographie

Conflits sociaux en Guadeloupe. Histoire, identité et culture dans les grèves en Guadeloupe (2007)

Société post-esclavagiste et management endogène. Le cas de la Guadeloupe, (mars 2009), éditions l’Harmattan.

Couleur de peau, stigmates et stéréotypes. La légende des crabes à l’épreuve du management (2011), éditions Nestor