UAG : Alex Méril pour une coopération de trois universités indépendantes

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Lettre Ouverte à la Communauté universitaire de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane

Par Alex MÉRIL

Chers collègues,

Chers étudiants,

Nous nous acheminons vers une sortie de crise au niveau de la Guyane. Un protocole d’accord est désormais signé. Mme Anne Corval, directrice de recherches au CNRS en Guyane, est nommée responsable du pôle universitaire guyanais et de l’IESG. Elle prendra ses ordres directement de la ministre de l’ESR. Dans la droite file d’une émancipation progressive et préparée, la prochaine ordonnance prévue autour de juillet 2014, donnera une autonomie renforcée au pôle universitaire guyanais qui aboutira, de manière inéluctable, à la création de l’université guyanaise, au plus tard en 2016.

Ces informations signent la fin de l’UAG, du moins sous sa forme actuelle.

Il est nécessaire que les 2 pôles antillais se préparent, eux aussi, à ce changement de statuts et au bouleversement de ce cadre de fonctionnement. Pour ma part, je réclame, pour chacun des pôles, le droit à l’autonomie renforcée dans une 1e étape, à l’instar du pôle guyanais. Il faut que cette autonomie renforcée soit immédiate, en 2014, comme pour la Guyane, car je vois mal l’institution UAG continuer à fonctionner avec 2 pôles Guadeloupe-Martinique, alors qu’elle est basée sur un pacte tripolaire Guadeloupe-Martinique-Guyane. Quelle sera alors la validité et l’application des décisions prises par le CA, lorsque 2 élus du pôle Guyane participant au CA, ne seront plus en charge de la gouvernance dans leur propre territoire ? Il faut donc uniformiser la gouvernance, l’autonomie renforcée doit donc s’appliquer à tous les pôles, et dans le même laps de temps.

Ce temps de l’autonomie renforcée devra être le temps du dialogue et de la concertation plus que jamais renforcés entre les gouvernances de pôles.

Le protocole prévoit plus d’une trentaine de postes en 3 ans pour la Guyane…Comment seront-ils créés ? Selon un courrier envoyé par la VP ressources humaines, Les départs à la retraite en Guadeloupe et en Martinique ne seront pas remplacés, mais donneront droit à des créations de postes en Guyane. Cela sonne le glas des besoins en postes dont nous avons besoin pour porter nos projets. En ce qui concerne la Guadeloupe, nous avons plus que jamais besoin de postes pour renforcer les secteurs suivants : UFR des Sciences Médicales, DPLSH, IPAG, diplôme d’ingénieur (à court terme création d’une Ecole d’Ingénieur), IEP. Pour ma part, en, tant que doyen de l’UFR SEN, des secteurs disciplinaires entiers ont besoin de renfort, il s’agit de la biologie, de la chimie et de l’informatique. N’oublions pas les besoins en personnel BIATSS et les besoins financiers pour faire fonctionner correctement l’UFR. Il est donc fort légitime d’avoir de réelles inquiétudes. La création de l’Université de la Guyane ne doit pas se faire au détriment des projets de la Guadeloupe. L’état doit prendre toutes ses responsabilités et apporter le soutien en moyens (postes et finances) dont a besoin la Guyane.

Ce temps de l’autonomie sera aussi le temps des questions, et des grandes questions. Ce sera le temps de la remise en question et des opportunités, et nous, membres de la communauté universitaire de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane, nous devrons puiser en nous-mêmes la force de faire face au destin que nous aurons décidé de mettre en place. Si la Guyane a choisi sa voie, il nous reste, nous antillais, à décider de la nôtre. Sur quel modèle voulons-nous vivre ?

Voulons-nous une université des Antilles qui regrouperait la Guadeloupe et la Martinique ?

Voulons-nous une université de plein exercice sur chaque pôle antillais, A l’instar de la Guyane ? Alors, oui pourquoi pas, l’Université des Îles de Guadeloupe ?

Voulons-nous une université de plein exercice sur chaque pôle, mais en gardant un certain nombre d’éléments communs qui continuent à nous fédérer, car il paraîtrait utopique de les dédoubler au regard de la période de restriction budgétaire qui sévit actuellement en France ? Par exemple, la faculté de Sciences Médicales est une source de formations transversales, qui à mon sens, doit continuer à rayonner sur l’ensemble des 3 pôles, car la qualité et la richesse de ces formations proviennent de l’intervention de formateurs et de terrains de stage issus des 3 pôles universitaires. Alors, oui pourquoi ne pas imaginer, un processus de Co-diplomation entre les pôles (cela existe déjà dans le monde universitaire français), ainsi un étudiant ayant satisfait aux exigences de sa formation pourrait très bien voir son diplôme labellisé des 3 universités de plein exercice. Ce qui est vrai pour cette formation, pourrait être aussi vrai pour toutes les formations qui ont besoin de cette tripolarité, et surtout cela permettrait de ne pas faire exploser les coûts de fonctionnement. De même, il nous appartiendra d’identifier les services communs (BU, CRI, …) qui ont, eux aussi, besoin de fonctionner dans un mode tripolaire, en réseau.

Pour ma part, ma préférence va vers ce modèle d’universités indépendantes qui continuent à coopérer pour les besoins de nos sociétés respectifs. Au niveau national, les universités se regroupent, cela est incontestable, mais, nous sommes face à des défis différents (nos besoins sociétaux sont différents). La loi ESR prévoit que les régions aient un rôle accentué dans le développement des universités, or nos collectivités régionales de Guadeloupe et de Martinique vont vers des modèles de gouvernance différents. Notre fonctionnement tripolaire était plus que jamais paralysé par nos divergences, et le modèle actuel a montré plus que jamais ses limites, personne ne peut le nier. Les cartes doivent être rebattues dans l’intérêt de nos communautés. Sans étudiants, nous disparaitrons ! Sans projets, nous nous étiolerons ! Sans coopération, nous créerons finalement des universités de seconde zone. Nous avons la capacité de nous réaliser, mais il nous faut pour cela des moyens financiers et humains et que chaque pôle puisse coopérer de manière gagnant-gagnant. L’histoire a montré que chaque fois que nous avons opéré de manière différente, nous avons échoué de manière lamentable.

J’ai, jusque là, à dessein, observé un silence scrupuleux envers la communauté universitaire, écoutant les uns, échangeant avec les autres. Beaucoup de désinformations et d’intoxications ont été faites sur cette crise. Le déni organisé, instrumentalisé a été fait quant au départ de la Guyane de l’UAG. Au moment où je rédige ce courrier, les médias guyanais annoncent la sortie de crise en Guyane et la création de l’université de Guyane. La peur a été instillée dans nos cœurs, dans celui de nos étudiants, dans celui de nos élus politiques, dans celui de notre peuple. Certains veulent faire croire qu’une université de plein exercice est forcément une université au rabais, une université clochardisée, une université où règne l’anarchie et les étudiants sont laissés pour compte. A tous ces oiseaux de mauvais augure, il faut rappeler qu’il existe des universités hexagonales qui ont autour de 6000 étudiants et que leur fonctionnement est dans la norme des universités ayant un effectif étudiant plus conséquent.

Nous en avons les capacités, mettons-nous tous ensemble pour le développement de nos territoires et cela sans démagogie, sans querelles partisanes et politiciennes pour des enjeux individuels de pouvoir. Travaillons, et travaillons d’arrache-pied avec ardeur, sérénité et raison à construire nos sociétés de demain.

Alex Méril

Professeur de mathématiques, doyen de la faculté sciences exactes et naturelles, administrateur élu de l’UAG, ancien candidat à la présidence (2 fois de suite).