France : Le journaliste Harry Roselmack dénonce un racisme rampant

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Dans un sinistre montage posté sur Facebook, Anne-Sophie Leclere, tête de liste du Front National aux élections municipales de mars 2014 à Rethel (Ardennes), a comparé la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à une guenon. D’un côté, on pouvait voir l’image d’un bébé singe, sous-titrée « A 18 mois » ; et de l’autre, une photo de la Ministre sous-titrée « Maintenant ». Peu après, au cours d’un reportage diffusé le 17 octobre sur France 2, dans l’émission « Envoyé spécial », la militante du FN a assumé avoir diffusé ce photomontage sur internet et a enfoncé le clou en traitant la Garde des Sceaux de « sauvage qui serait mieux à grimper dans ses arbres plutôt qu’au ministère de la Justice ».

Dans une tribune publiée hier, lundi 4 novembre, dans Le Monde, intitulée « La France raciste est de retour », Harry Roselmack, l’une des figures médiatiques préférée des Français, dénonce « le fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d’ordre, pas seulement au sein du FN, mais au plus profond de la société française». Choqué par les propos insultants adressés à Christiane Taubira, le journaliste de TF1, présentateur de Sept à Huit, s’inquiète du climat délétère grandissant dans la société française.

Morceaux choisis :

« Depuis longtemps, la France joue au bras de fer. Sa République contre sa société. Ses idéaux face à son quotidien. Deux forces opposées, en équilibre précaire […] Il y a pourtant une chose que la République a su créer : un sentiment d’appartenance et d’attachement national chez des gens de classes sociales différentes, de cultures différentes, de couleurs différentes. Je me vois peu, mais je ne me vois pas Noir. En tout cas, je ne me qualifie pas comme tel, en général. Je suis d’abord un homme, un fils, un frère, un mari et un père, un citoyen, un journaliste, un passionné et oui, oui, c’est vrai, je suis noir. La République, son slogan et ses lois parviennent, la plupart du temps, à me le faire oublier. »

« Me voilà ramené à ma condition nègre. Me voilà attablé avec d’autres Noirs parce qu’ils sont noirs. Et me voilà en train de m’offusquer d’une idiotie qui ne m’atteignait guère : le racisme »

« Parce que l’expression de ce racisme, dans la bouche d’une candidate Front national aux municipales (exclue depuis), était primaire, parce qu’elle recourait à une iconographie profondément choquante qui niait au nègre le statut d’être humain, elle m’a amené à m’interroger, en tant que Noir d’abord, en tant que citoyen, fils, père et mari ensuite. »

« En vérité, le « dérapage » d’Anne-Sophie Leclere n’est pas pour me déplaire. Parce qu’il n’est pas qu’un dérapage, il est l’expression, peu reluisante, d’une vision du monde partagée au sein du Front national. S’il est faux de dire que tous les électeurs et militants du FN sont racistes, il était tout aussi faux de dire qu’il n’y a pas de racisme dans ce parti. La xénophobie, le racisme en constituent même le ciment essentiel. Et il n’est pas inutile que son vernis républicain, grossier maquillage dont Marine Le Pen le badigeonne consciencieusement, s’écaille de temps en temps. »

Lire l’intégralité de cette tribune sur le site du Monde.fr : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/04/harry-roselmack-la-france-raciste-est-de-retour_3508055_3232.html