UAG : Les révoltés du Pôle Guyane partent en marronnage

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Lettre ouverte de l’Intersyndicale du PUG à Mme Corinne Mencé-Caster, Présidente de l’Université des Antilles et de la Guyane

NOUS AVONS MARRONNE !

UNIVERSITE MARRONNE versus UNIVERSITE BANANIERE

Madame la présidente de l’Université des Antilles et de la Guyane

Vos efforts pour tenter de mettre fin à des lustres de gabegie d’une université qui a été à très juste titre qualifiée de bananière sont louables, nous les reconnaissons et les saluons. Mais comme les révoltes ne s’ajustent pas à l’agenda des cliques autocratiques, l’exaspération du Pôle Universitaire Guyanais contre ses dirigeants – vos obligés et protégés – est entrée en coïncidence significative.

Une série d’interrogations intriguent : puisque vous avez parfaitement enregistré les doléances du PUG sur ce que nous appelons, à défaut de terme plus approprié, la « gouvernance », pourquoi ne nous avoir jamais demandé de vous les présenter preuves à l’appui ? Pourquoi n’avoir jamais cherché à savoir ce qu’il en était réellement et objectivement au-delà du discours fallacieux et calomnieux de votre entourage ?

Pourquoi ne pas nous avoir proposé une rencontre, une séance de travail où vous auraient été transmis, exposés, démontrés et commentés les multiples anomalies, dysfonctionnements, abus de pouvoir et de fonction, irrégularités et violations des textes et statuts commis sur le PUG par des responsables dans l’exercice de leur mandat et fonction, vos amis ? De quoi avez-vous peur à l’heure, précisément, des audits et enquêtes diligentées sur cette folklorique université des Antilles et de la Guyane ?

Au lieu de cela est arrivé de votre garde rapprochée un discours tellement hargneux et inepte, qu’il génère sa propre déconstruction des mythes éculés érigés comme rempart de votre système, qu’il enchâsse son inanité du brandissement de la fantasmatique xénophobie guyanaise, qu’il ravale au rang de scribouillards besogneux les diffamateurs des membres de l’intersyndicale du PUG.

Votre lettre ouverte du 23 octobre est un épisode de plus dans le feuilleton de la manipulation et de la désinformation contre l’indignation et les revendications sur le Pôle Universitaire Guyanais. Sur le terrain de la décence et du respect d’autrui, vous avez déjà perdu.

La lettre ouverte du 18 octobre du professeur Bernabé est riche d’enseignements et nous la classons comme pièce à conviction, au côté des précédentes éructations de son collègue Confiant (qui s’en est fait le petit télégraphiste), au dossier du nanisme pyroclastique. La Guyane lui a répondu en bloc.

Une explication de texte de ces libelles est superflue car ils sont livrés avec leur propre antivirus, automatiquement activé par le mot-signal « xénophobie ». Et affligeante est la décadence des défricheurs et coureurs des traces en sentinelles rassies des scléroses d’une bourgeoisie tropicale et affidés dévoués à la protection de leur parentèle.

Il nous vient à penser que, peut-être, sans les éminences grises qui la font trébucher aux rebords du cratère, la présidente de l’UA G aurait mieux compris le paisible fleuve guyanais quand il devient saut.

Les insultes et calomnies touchent toute la société guyanaise, mais aussi attentent à vos propres principes et convictions. Votre clan a ruiné la qualité scientifique et intellectuelle de cette université à l’encan, en manquant à ce point de respect envers les enseignants et chercheurs de Guyane. L’UA G n’accèdera pas avant longtemps au statut rêvé de phare universitaire dans sa grande région.

Ce que votre bord nous donne à voir apporte des attestations cinglantes sur la nature profonde de concepts jusqu’alors reçus avec respect où, entre créolité et créolisation, s’était construite une représentation sui generis, ouverte et séduisante des mondes en mosaïque des Amériques. La leçon est comprise, et ne sera pas oubliée : la créolisation selon Edouard Glissant est intacte ; mais la créolité, quant à elle, n’était que le vernis soluble dans le marronnage guyanais de l’arrogance d’une poignée d’intellectuels et mandarins surcotés.

Les seuls vrais Marrons sont en Guyane. Ils ont déserté Madinina depuis longtemps.

L’UA G n’est pas la seule à être rongée par les plaies que nous dévoilons et dénonçons. Certes. Mais quel mutisme, quelle frilosité du microcosme universitaire martiniquais, quel recroquevillement apeuré ! S’agissant d’une communauté universitaire censée déployer des trésors d’intelligence pour appréhender les phénomènes naturels et humains avec recul et discernement, sinon scientifiquement, on ne peut qu’être consterné de voir comment le seul savoir-discours martiniquais sur la révolte guyanaise se résume à l’exsudation malsaine d’une doxa de la rumeur et de la calomnie.

Tout est faux ou de mauvaise foi dans le cloaque où l’on s’efforce de nous noyer. Mais le régime de pressions et de répression, le féodalisme qu’est le système en place sur les campus des Antilles – nous avons commencé à extirper celui de la Guyane – est tel que personne, au risque de l’ostracisme et de sa carrière, n’a le courage de s’autoriser une pensée timidement subversive. Vos soutiens, Madame la présidente, ont la solidité douteuse du clientélisme, de l’opportunisme, de la flagornerie et de la crainte.

Nous posons depuis le début le constat que le bon fonctionnement du PUG est mis à mal par des personnes en situation de pouvoir et responsabilité ; que le retour à la normale n’est pas possible avec ces mêmes personnes qui ont failli et qui n’auront de cesse de retourner à leurs pratiques de généralissimes d’opérette (mais pas moins dangereux pour autant) ; que les changements demandés pour l’université en Guyane, autant dans sa gestation que dans sa conduite, sont incompatibles avec ces mêmes chefaillons bouffis de cynisme et de suffisance.

Ni vous-même, ni les médiateurs dépêchés n’ont encore fourni de solution à ces équations. Nous ne pouvons que vous encourager à chercher encore.

Vous demandez dans votre lettre : «Quel élu politique, dont la faute n’est pas dûment prouvée, accepterait de voir son mandat remis en cause, par des revendications d’un groupe de personnes?».

Madame la présidente, nous ne sommes pas un « groupe » de personnes. Si « groupe » il y a, c’est à côté de vous qu’il faut regarder.

Ensuite nous avons démontré les fautes, mais vous avez tout fait pour ne pas le voir ni en recevoir les preuves.

Enfin nous rejetons votre casuistique qui voudrait qu’être élu soit une sorte de diplôme attestant l’honnêteté, la compétence, la capacité à conduire dignement et honnêtement une institution, et en même temps une protection et une impunité inconditionnelles aux contrevenants.

L’Histoire et l’actualité n’en finissent pas d’exhiber les autocrates et dictateurs «démocratiquement» élus, et enseignent que les citoyens révoltés n’attendent pas que des arguties tortueuses et des procédures interminables confirment ce qui est constaté.

En politique nombre d’élus mis en cause par les médias d’enquête ont dû démissionner ou être écartés sous la pression de l’indignation citoyenne, avant que la justice ne rende son verdict bien plus tard, confirmant ce qui était de notoriété publique. L’université n’est pas un sanctuaire échappant aux règles non écrites des sociétés.

Ce que vous appelez non-dits qui pollueraient l’appréhension de la crise en cours n’est rien d’autre que votre non-perçu et votre non-compris. La révolte du PUG est la libération de la parole, un anti-non-dit, une anti-omerta, une anti-censure, un anti-bâillonnement. Nous sommes dans l’expression riche et signifiante ; vous êtes dans le déni et l’autisme.

L’université des Antilles a besoin de la Guyane. Mais la Guyane n’a plus besoin de l’université des Antilles : nous avons marronné.

Avec nos respectueuses salutations

L’Intersyndicale du Pôle Universitaire Guyanais