Louisiane : « 12 Years a Slave » Triomphe au 24e Festival du Film de New Orleans

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Par Lola PLIBEL-ANBALABAY […]

Du 10 au 17 octobre dernier s’est déroulé le 24e Festival du Film de New Orleans. Au cours de cette cuvée 2013 ont défilé plus de 75 œuvres relevant de catégories très diverses : films d’art et d’essai, documentaires, courts-métrages et autres films d’animation. Les nombreuses rencontres et discussions avec les réalisateurs ont été particulièrement appréciées du public. Mais l’évènement majeur fut sans nul doute la projection du très attendu « 12 Years a Slave », du britannique Steve Mc Queen (à ne pas confondre avec feu l’acteur éponyme !).

Le film tiré -et librement adapté- des mémoires de Solomon Northurp, publiées en 1853, raconte l’histoire d’un musicien noir libre, kidnappé par des forains dans l’Etat de New York puis vendu, puis maintenu en esclavage 12 longues années sur une plantation de la Nouvelle Orléans.

Après le succès planétaire du Django Unchained de l’américain Quentin Tarantino (Oscar du Meilleur Scénario) ; suite au carton populaire du Case Départ des français Fabrice Eboué et Thomas N’Gijol, cette nouvelle œuvre cinématographique vient aborder un thème qui touche particulièrement les sociétés créoles : celui de l’esclavage des noirs, notamment dans le nouveau monde.

Case Départ, qui traitait des enjeux de la mémoire de l’esclavage et de son abolition pour les jeunes noirs dans la France contemporaine, avait choisi l’angle du rire -somme toute consensuel- pour visiter une page d’histoire que les artistes Antillo-Guyanais et Réunionais explorent depuis longtemps mais que l’on expose généralement peu dans l’Hexagone.

Pour Tarantino, le parti pris était de réinvestir Django, personnage mythique de Sergio Corbucci, (interprété dans les années 60 par l’acteur italo-américain Franco Nero). Dans cette symbolique du talion à la sauce western, il est surtout question de vengeance, d’une catharsis au cours de laquelle Django (interprété par Jamie Foxx), réincarné en nègre marron expéditif, libère sa dulcinée et fouette ses anciens maîtres, de cruels bourreaux rednecks, avant de les éliminer un par un.

Chez le très controversé réalisateur anglais Steve Mc Queen, la violence raciale de l’époque et la cruauté du système esclavagiste ne sont nullement éludées. Ici, ni le prisme de l’humour noir, ni les ficelles du western spaghetti ne viennent aider à faire passer la pilule. On se souvient qu’à l’avant-première de 12 Years a Slave, au festival de Toronto (Canada), nombreux sont ceux qui quittèrent la salle, jugeant les scènes de violence vraiment insoutenables, trop nombreuses, trop longues, trop réalistes… Bref : too much ! Il est vrai que Mc Queen n’épargne rien au spectateur en matière de sévices, mutilations, lynchages et autres meurtres. Chez ce réalisateur, la transgression des tabous et l’esthétisation de la violence sont revendiquées comme consubstantielles au propos même du film.

Steve McQueen, qui a co-écrit le script avec John Ridley, avoue d’ailleurs être moins choqué par la dureté de ses images que par le fait que la réalité crue de l’esclavage n’ait que très rarement été portée à l’écran. Son acteur principal, Chiwetel Ejiofor, ne comprend pas non plus qu’on puisse réduire cette adaptation de l’histoire de Solomon Northurp à un simple étalage de violence racoleuse. Pour lui, « La Beauté, l’espoir, le respect de la dignité humaine sont les thèmes fondamentaux de ce film ». Pour Brad Pitt, qui figure au générique en tant qu’acteur et producteur du film, il fallait un anglais comme Steve Mc Queen pour avoir le courage d’un tel réalisme sur un sujet qui demeure épineux, même dans l’Amérique d’Obama.

Vous l’aurez compris, 12 Years a Slave n’a laissé personne indifférent lors du 24e Festival du Film de New Orleans. En fin de projection, tout comme il y a quelques mois à Toronto, une longue standing-ovation a salué le talent du réalisateur et celui des acteurs. Cela est de fort bon augure pour les prochains Oscars !

Le Festival s’est conclu le 17 octobre avec le très beau documentaire de Lily Keber, Bayou Maharaja: The Tragic Genius of James Booker. On regrette vraiment l’absence de talents Antillais et Caribéens à Cette manifestation de plus en plus courue des grands noms du cinéma mondial.

12 Years a Slave de Steve Mc Queen avec Chiwetel Ejiofor, Brad Pitt, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch, Sarah Paulson, Paul Dano, Lupita Nyong’o et l’excellent Paul Giamatti. Sortie prévue le 22 janvier 2014 en France hexagonale.