Mario Lucio : « Le Cap-Vert est un pays créole »

Il y a quelques mois, le Cap-Vert organisait l’Atlantic Music Expo, marché professionnel de la musique et foire culturelle internationale. A cette occasion, Mario Lucio, Ministre de la Culture à accordé cet entretien à  François Mauger (Mondomix, 04/04/2013). De son vrai nom Lucio Matias de Sousa Mendes, Mario Lucio fut fondateur de Simentera, formation acoustique capverdienne. Il mène aujourd’hui une carrière solo à travers laquelle il explore les infinies subtilités du patrimoine créole.

Quel est l’objectif de l’Atlantic Music Expo ?

Mario Lucio : Dans l’histoire, le Cap-Vert est d’abord apparu comme une plaque tournante du commerce d’esclaves. Aujourd’hui, du fait de sa situation géographique et de sa culture, nous pensons que la place du Cap-Vert dans le monde est de servir de zone franche, de devenir un lieu où les cultures, les peuples, les hommes d’affaire peuvent se retrouver. Nous voulons nous placer au cœur du monde, être la porte pour l’Afrique et la porte de l’Afrique, la porte pour l’Amérique et la porte de l’Amérique, la porte pour l’Europe et la porte de l’Europe, … C’est pour ça qu’on a créé l’A.M.E., pour sortir de l’espace terrestre pour entrer dans l’espace de la mer. Mais l’Atlantique est aussi un espace culturel, mental …

Le Cap-Vert a tout de même un défaut : il s’agit d’un archipel isolé !

Mario Lucio : Le fait que le Cap-Vert ne soit pas attaché à un continent nous permet d’appartenir à tous les continents. L’avantage du Cap-Vert, c’est d’être à 45 minutes du Sénégal, à 3 heures du Brésil, à 3 heures du Portugal, à 5 heures de Boston. Depuis le 15ème siècle, le Cap-Vert n’a jamais été un pays isolé. C’est un pays ouvert au monde. On a un million de Capverdiens à l’étranger, qui sont attachés à leur pays d’origine. Nous communiquons facilement avec tous les peuples et toutes les nations. Nous ignorons ce qu’est l’isolement. Mais nous connaissons la sérénité …

Le festival auquel l’A.M.E. est attaché s’intitule le « Kriol Jazz Festival ». La notion de créolité vous est chère ?

Mario Lucio : Tout à fait. Le Cap-Vert est un pays créole. Que veut dire la créolisation du monde ? C’est un moment où les gens ne sont plus obligés d’appartenir à une nation, de n’avoir qu’une racine, … Etre créole, c’est appartenir à un monde où nous avons troqué nos racines contre des rhizomes. C’est la possibilité pour un individu d’avoir plusieurs identités. Pour un Capverdien, dire qu’il est africain est facile. Mais il nous est également facile d’accepter nos origines européennes. Nos arrière-grands-parents viennent de là. Il est facile de voir que nous avons influencé l’Amérique, notamment le Brésil et la Colombie, et qu’ils nous ont influencés. Moi, personnellement, je parle plutôt de la « créolisation » que de la « créolité » parce que la créolisation est un phénomène et pas un acquis. La créolisation est dynamique. Ce phénomène est en train d’arriver un peu partout. Regardez en Afrique : la nouvelle génération est issue de mélange d’ethnies, ce qui n’arrivait que rarement jusque là. Regardez l’Amérique : Obama est un créole, plutôt qu’un Afro-descendant, comme l’est Jesse Jackson. Le monde entier se créolise …

Propos recueillis par François Mauger

Source : Mondomix