Guadeloupe : Coup de gueule citoyen contre la flambée de violence

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La Rédaction de Creoleways ne partage pas chaque mot, chaque phrase du texte qui suit. Nous l’entendons d’abord comme le coup de gueule d’une citoyenne de Guadeloupe, excédée par le climat de violence qui règne dans l’archipel et qui semble, hélas ! vouloir s’installer. A l’origine, ce texte circulait sur Facebook et dans nos boîtes mails. Désireux d’encourager le plus grand nombre à participer au débat public, nous publions la tribune libre de Mme Sandra GOKOUL et la soumettons à l’appréciation de tous.

 

LETTRE OUVERTE CONTRE LA VIOLENCE A TOUTE PERSONNE AYANT AUTORITE DANS LES ILES DE GUADELOUPE.

Par Sandra GOKOUL

 

Particulièrement exaspérée, indignée et révoltée par la montée de la violence dans notre département, je souhaite m’adresser à vous aujourd’hui et vous alerter sur le danger qui s’accroit sur notre vie quotidienne, en tant que citoyenne, contribuable, mère.

En effet, pendant toute l’émotion et tous les élans manifestés autour de vos orientations politiques prioritaires et de toute nature, la Guadeloupe subissait et subit encore chaque jour des faits d’une rare violence, une violence qui a un pouvoir destructeur sur notre société et sur notre moral.

Vos priorités sont très éloignées de ce que vit au quotidien la population, quelle réalité dommageable !

Réforme sur réforme, appel au calme, vote de lois saugrenues, vote de lois ne voyant jamais leurs décrets d’application publiés,…Vous pensez vraiment rétablir une société dans sa sérénité comme cela ? Quel leurre !

C’est un échec manifeste de vos méthodes laxistes.

Déconsidérer ainsi la violence quotidienne, la traiter avec autant de légèreté, ne soulage pas les maux.

Les reportages sur les chaines nationales sur La violence aux Antilles se multiplient, donnant La mauvaise image au reste du monde, image destructrice du tourisme local, source d’économie pour l’île.

Au diable la colonisation, au diable le temps où l’on avait besoin de nous dans les constructions, les administrations, l’Armée, …On réussit très bien à contribuer à l’atteinte de vos objectifs lointains en caracolant en tête des mauvais chiffres et statistiques (chômage, prix à la consommation,…).

Les causes ?? Car il est essentiel de les identifier pour réagir efficacement. Conditions sociales ? Neurobiologiques ? Médicales ? Identitaire ? Une vieille idée a évoqué « le gène de l’agressivité » ou encore « le chromosome du crime ». Vous auriez donc fabriqué une population de malades ? Et ce serait une maladie contagieuse que vous ne souhaitez pas attraper, restant en marge de ces problèmes sociétaux ? C’est toute la société, toutes les « structures » qui sont touchées.

Violences routières, violences conjugales, violences à l’école, violences familiales, violences sexuelles, violences avec armes, violences matérielles,…

Force est de constater que :

– L’économique a envahi le social

– L’ « incivisme » a envahi l’école

– Les monopolistiques ont envahi le dialogue social

– La censure et le mépris ont envahi la démocratie

– L’incompétence a envahi la sécurité physique

– Les écarts de richesse ont envahi la dignité humaine

Où allons-nous ?

Il avait été évoqué au début des années 2000 un observatoire de la violence suite aux révoltes urbaines dans l’Hexagone, car bien malgré nous nous appartenons à La France et nous sommes Français. A ce titre le mot « Guadeloupe » a disparu de nos pièces d’identité pour laisser place à « France ».

Qu’en est-il ? Quelles en sont les conclusions ? Marre des commissions et observatoires se succédant dont on ne connait jamais les résultats et conclusions et surtout ne sont jamais suivis de mesures concrètes. Marre des décisions et choix au lance pierre qui condamnent chaque jour le peuple un peu plus.

Aujourd’hui et depuis longtemps la violence trouve ses origines dans vos choix, dans vos politiques, dans vos décisions.

La Non-violence ça s’apprend !

L’école a certes un rôle éducateur, mais non substituable à celui des parents qui ont des responsabilités à assumer. Aujourd’hui, le respect et la peur du professeur ont disparu. Hélas, car il ne faut pas toucher à un enfant, il ne faut pas le corriger, encore moins le taper car on enseigne aux enfants « les droits de l’enfant » et on leur martèle un numéro à appeler si jamais un parent venait à les « corriger » lourdement !

Excusez-moi du peu mais l’éducation et les valeurs c’est le travail des parents, à la maison ; mais si l’Etat vient contrecarrer cette immense responsabilité des parents en érigeant les enfants en « enfants-rois », alors ne nous étonnons pas des travers qu’ils prennent !

La multiplication des violences scolaires entre élèves, les incivilités, rackets, harcèlement, menaces, reflète une détresse sociale ou encore un besoin de reconnaissance, mais conduit inexorablement à l’échec scolaire, l’illettrisme, …

La suppression du service militaire, voilà une mesure incidente qui ne mobilise plus notre jeunesse, il vaut mieux les laisser dans la rue s’entretuer, puisque nous n’avons pas de travail à leur proposer !

La prévention de la violence commence par les parents ! Ces parents à qui vous accordez toutes formes d’aides financières mais qui n’en n’ont que faire du devenir de leurs enfants puisque la place sociale par le paraître prévaut !

Je m’insurge néanmoins contre ces dits parents car une précarité de condition de vie ne doit pas empêcher d’inculquer les valeurs morales et fondamentales, de les transmettre au quotidien et de les suivre. On a souvent entendu qu’il n’y a pas de paix sans justice sociale.

Ah la la, Justice sociale dit-on !

Discriminations sociales, raciales, salariales, … existent et existeront toujours !

Quand en 2009 le peuple Guadeloupéen a créé le buzz de son histoire à travers un soulèvement pacifique, pour se faire entendre et dénoncer cette Injustice sociale, ce sont des cargos entiers de gendarmes et CRS qui nous ont été envoyés ! Où sont-ils aujourd’hui que le département a besoin de renforcer sa sécurité ?

Ah oui c’est vrai, même eux souffrent de la suppression de postes puisque la sécurité des citoyens n’est pas une priorité !

Face à cette violence sous toutes ses formes et l’absence de toute protection de la part des autorités, il y a à mon sens URGENCE dans la mise en place de mesures phares avec une radicalisation de la répression.

La société est contaminée, les familles affaiblies par des deuils incessants, on vit dans la peur, des pères et des mères désespèrent et des enfants tombent dans la délinquance tous les jours. Permettez-moi de penser qu’il y a un laxisme en la matière et que vous, représentants de l’Etat, collaborez à ces violences en exposant la population à la merci de ces « terroristes ».

Mais diable, où ai-je la tête ? Capitalisme, socialisme, invasion publicitaire poussant à la surconsommation, …. C’est le monde tumultueux que vous avez fabriqué et dans lequel nous devons vivre ou survivre; car pendant que certains paient l’ISF ou s’évadent fiscalement, d’autres devraient se bagarrer ou pire encore s’entretuer pour juste manger à leur faim ou vivre comme si ils étaient insérés à la société, et on laisse faire.

De toute façon un jour on les arrêtera, on les mettra en détention dans l’attente de leur jugement, et comme il n’y a plus de places dans les prisons françaises (c’est un signe fort je crois) au mieux ils purgeront le quart de leur peine, sortiront pour bonne conduite dans l’univers carcéral, ayant pris soin de se refaire la dentition et autre sur le salaire de ceux qu’ils ont souillés, et bien entendu récidiveront !

J’appelle à une grande part de réflexion personnelle et d’un changement de comportement individuel ; une révolution pacifique et bienveillante est à envisager pour lutter contre ce phénomène.

Sandra Gokoul

Une mère guadeloupéenne