Guadeloupe : Quel Respect pour l’Art dans l’Espace Public ?

Le critique d’art Jocelyn VALTON s’intéresse aux « conditions d’émergence des arts plastiques dans la Caraïbe et les Amériques noires, en lien avec la domination racialisée et la colonisation ». Suite aux déprédations subies depuis plusieurs années par la statue du tanbouyé Marcel Lollia dit « vélo », icone du gwoka moderne, les réseaux sociaux se sont (momentanément) émus. Doigts coupés, graffiti, rayures… Une pétition aux accents nationalistes mystico-lyriques a vaguement circulé afin d’interpeller les politiques. Jocelyn VALTON, lui, part de ce cas particulier pour s’interroger sur l’indifférence de la société guadeloupéenne pour son environnement, en général ; et à l’égard des œuvres d’art dans l’espace public en particulier. Il estime qu’ « Une sculpture à l’effigie de Vélo ne mérite pas plus notre considération qu’une autre œuvre vandalisée dans l’espace public. » et saisit l’occasion de ce buzz pour interroger le sens de ces productions dans notre société.

GUADELOUPE – ŒUVRES D’ART DANS L’ESPACE PUBLIC

par Jocelyn VALTON

On pourrait dresser une longue liste d’œuvres (« profanées » tient du vocabulaire religieux voire sectaire) vandalisées et laissées à l’abandon dans l’espace public en Guadeloupe, quand elles n’ont pas simplement totalement disparu.

– Un buste défiguré du poète Guy Tirolien œuvre en pierre calcaire de Roger AREKIAN. Installé à P-à-P non loin du Marché à Man Réau ;

– Une sculpture (à l’origine lumineuse) en métal et verre, sur la place de la mairie de P-à-P (artiste ?), laissée à l’abandon durant des années avant d’être détruite pour faire place à l’actuelle esplanade et ses jets d’eau conçus par l’architecte Laurent DARVIOT ;

– Une sculpture en pierre calcaire de Roger AREKIAN (laissée à l’abandon dans un espace où l’on vient attacher les bœufs), à proximité de l’ancienne bibliothèque des Abymes ;

– Une sculpture d’Armand BAPTISTE pour le rond point du tribunal de Basse-Terre, « L’Ange qui danse », qui s’est lentement dégradée et dont il ne reste rien (matériau non pérenne) ;

– Une sculpture près du marché principal de P-à-P dont on a assisté à la lente décomposition, jusqu’à sa complète disparition – (matériau non pérenne – artiste ?) ;

– Un buste en pierre calcaire d’Hégésippe Ibéné, ancien maire de Ste Anne, œuvre de Roger AREKIAN. Installé à l’entrée de la commune, il a été dérobé en dépit de son poids important d’après le témoignage de l’artiste. La localisation actuelle de cette sculpture reste inconnue.

– Une sculpture monumentale en bois, œuvre de l’artiste irlandais Michael WARREN et réalisée en Guadeloupe avec le concours du charpentier de marine bien connu ici, Jean FORBIN. « Alizés et tortues » était installée à la Baie de Blachon au Lamentin. Implantée sans accompagnement suffisant dans ce petit port de pêche artisanal, elle a été régulièrement vandalisée et a subi les rigueurs du climat tropical (je crois qu’il n’en reste rien) ;

– Une sculpture monumentale en bois du Mexicain Jorge DUBON, située dans le Parc de verdure dans la commune du Lamentin. Peu après son installation lors de « Karupture », elle a subi un début d’incendie. Elle était en mauvais état et je ne sais si elle existe encore ;

– Une sculpture, œuvre de Michel ROVELAS, installée près de la salle des fêtes du Lamentin. 4 masques en bronze à l’effigie de René Toribio, ancien maire de la commune, regardant dans les 4 directions. L’œuvre a été régulièrement vandalisée (les 4 masques dérobés) et a dû être restaurée ;

– Liste non exhaustive à laquelle vient s’ajouter une sculpture commémorative du musicien Marcel Lollia dit Vélo (matériau non pérenne) installée à P-à-P, rue piétonne, là où les tambourinaires jouent et dansent le « gwo ka » chaque samedi devant une foule de passants/participants.

L’art dans l’espace public n’est donc pas un territoire épargné par les tensions qui traversent le corps social.