Guadeloupe : Les Bananiers furieux contre les anti-épandage

Voici la transcription d’un tract anonyme distribué au centre commercial Destreland ce samedi 3 novembre 2012 par des planteurs de bananes guadeloupéens.

PLANTEURS EN COLERE

Le monde de la banane a changé et cela en gêne plus d’un.

Dans les années 60 les terres agricoles appartenaient à une vingtaine de békés qui réalisaient 80 à 90% du tonnage exporté. Aujourd’hui, ces terres sont la propriété d’entrepreneurs Guadeloupéens.

Ils assurent 70% des exportations. Ils se sont endettés à long terme pour racheter des exploitations moribondes pour faire vivre leur famille, évitant ainsi que les terres agricoles ne soient bétonnées au profit de français et d’européens en goguette. Pour que la terre de Guadeloupe reste la propriété des Guadeloupéens.

A force de prises de risques, de travail, de courage, de volonté et de crédits coûteux : ils sont devenus en quelques années : le principal employeur, le premier exportateur et le premier affréteur du pays,

Ces entrepreneurs s’impliquent partout : dans la formation des jeunes (qui veulent vivre chez eux de l’agriculture), dans le sponsoring d’activités sportives, culturelles, dans des investissements innovants pour maitriser la filière pour laquelle ils luttent depuis des décennies. POURQUOI LES INSULTER ?

Les poseurs de chaînes eux aussi ont changé !

Sans refaire l’histoire, les blancs nous ont offert une croisière sans retour en nous accueillant à l’arrivée de l’unique escale avec des colliers de chaîne en acier que nous avons brisé !

Aujourd’hui, une nouvelle race de poseurs de chaînes est née. Elle a pour gourou un « éminent » professeur de PHILO à la retraite. Subitement devenu grand scientifique, sachant lire les décrets et lois des descendants de nos anciens bourreaux ; il est venu à la télévision nous traiter de criminels.

De sa haute suffisance de «GRAND SACHANT», il a expliqué à nos compatriotes que nous étions des assassins, totalement informés des risques que nous faisions courir au peuple Guadeloupéen et qu’en conséquence, nous étions de grands génocidaires !

De plus nous sommes des couillons incapables de lire et de comprendre les étiquettes posées sur les bidons des produits phytosanitaires que nous utilisons régulièrement !

Le jugement de son « Nuremberg personnel » est tombé : A mort la banane. Qu’elle crève de cercosporiose noire comme à Sainte-Lucie, qu’elle recrache les subventions encaissées et qu’elle libère le terrain !

Bravo monsieur le professeur ! Mais où est passé le militant d’autrefois ? Aurai-il fait place au retraité à qui un « gouvernement exogène » a demandé des pistes pour le développement de notre pays et qui a remis en notre nom, un rapport faisant du neuf avec du vieux ?

Au secours ! Remettez-moi vos chaînes messieurs les békés, mon frère m’assassine !

Détruire la banane pourquoi, pour qui ?

D’autres pensent que nous absorbons trop de subventions. Petit rappel : il s’agit de subventions d’équilibre. Pour les explications, prière de s’adresser directement à notre «GRAND SACHANT».

Le gouvernement et les institutions européennes, eux, savent pertinemment que ces subventions d’équilibre permettent à notre filière de résister à la mondialisation notamment, aux BANANES SANGIGNOLANTES d’Amérique centrale, d’Amérique du sud ou d’Afrique.

Ils savent que nous participons largement à la création d’emploi et au développement économique du pays. Notre argent reste ici !

Ces subventions, une fois notre trésorerie reconstituée, sont dépensées en Guadeloupe permettant aux commerçants et aux prestataires de service du pays de pérenniser leurs activités. Rares sont les agriculteurs qui achètent des biens immobiliers en France au cas où !

Il est vrai que la cercosporiose noire, synonyme de disparition totale de tout type de bananes, aideraient certains à agrandir leurs exploitations d’ananas, de canne ou de melon.

Le déclassement d’une grande partie des terres laissées libres par cette disparition, permettrait à ces investisseurs voraces de réaliser des lotissements empochant au passage d’énormes plus values.

Ce n’est pas et ce ne sera jamais notre objectif.

Un agriculteur sachez le, n’a d’autre rêve que de transmettre son exploitation à ses enfants !

Ces messieurs qui nous accusent du pire, ont-ils interrogés les ouvriers de la banane ? En fait ils s’en moquent complètement. Ti nèg sé ti nèg !

Avant le «GRAND SACHANT», une «GRANDE ROBE» du barreau nous a stigmatisés.

Elle ne veut pas dire à ses enfants ; je savais mais je n’ai rien fait ! Argutie ou vœu pieu ?

Nous pouvons légitimement nous poser cette question car, comme nous le savons tous, cet éminent avocat qui est pétri d’ambition rêve d’être un jour député ou comme son amical ennemi, ministre.

Un tel individu ne peut être au plus, qu’un « sinistre commis » de l’état.

Aurait-il osé demander la suppression du POSEI s’il avait été à l’assemblée nationale ou député européen ?

Ce qu’il oublie, c’est que notre profession utilise 17% du total des produits phytosanitaires qui entrent dans notre pays. Qui se sert des 83% restants ?

Ce qu’il oublie de dire, c’est que le BTP se taille la part du Lion pour l’utilisation de ces produits. Mais Chut ! Il ne faut surtout pas contrarier les DEFISCA-INVESTISSEURS ! ils permettent au monde de la ROBE de vivre grâce au montage de tous types de sociétés.

Quelques chômeurs de plus, cela ne peut que faire augmenter le nombre de délinquants et le volume des honoraires facturables (même s’il ne s’agit que d’encaisser l’aide judiciaire).

Allons messieurs, calmez-vous !

La disparition de notre filière ne vous enrichira pas. On ne remplace pas un modèle par un autre en claquant des doigts. Nous ne vous laisserons pas transformer notre pays en un vaste parc à retraités venus d’Europe !

Sachez que notre profession a initié une démarche qualité et s’est inscrite dans une démarche d’agriculture raisonnée.

Nous avons diminué de plus de la moitié l’utilisation des produits phytosanitaires sur nos exploitations. Sans attendre vos lumineuses expertises !

Sachez que nous ne sommes pas des chimistes. Nous n’utilisons que des produits recommandés par les scientifiques avec l’autorisation de ceux qui nous gouvernent. Osez donc insulter les bonnes personnes, celles qui vous payent !

Sachez que contrairement à vous, nous PRODUISONS pour ce pays. Nous ne vivons pas avec 40% de plus sur un salaire ou en facturant des honoraires dignes des grandes pointures du barreau parisien.

Nous gagnons notre revenu (quand il existe) à la sueur de notre front et nos journées commencent à 5 heures du matin.

Asseyons-nous autour d’une table avec les professionnels compétents, les représentants de l’état et les scientifiques pour rechercher et trouver une solution qui tient compte des intérêts de tous les Guadeloupéens.

Mais de grâce sans le «GRAND SACHANT», sans la «GRANDE ROBE» et sans ceux qui n’ont d’autre objectif que de récupérer nos terres et les subventions d’équilibre qui nous sont allouées de droit, sur la base de notre travail, comme à tous les agriculteurs des régions ultrapériphériques européennes.