Antilles : Jean-Claude Malo et Garcin Malsa sont fiers d’être créoles

garcin_malsa_creole_jean_claude_maloGarcin Malsa et Jean-Claude Malo assument leur créolité comme le démontre superbement cet édito du journaliste « cari-créole » Danik I Zandwonis, indépendantiste guadeloupéen, auquel notre rédaction (qui ne compte pas de nationalistes en son sein mais reste ouverte au débat), offre cette Tribune libre :

Oui, la Nation créole existe, mais nous ne le savions pas …

par Danik I. ZANDWONIS

Tomas l’ouragan ravageur qui a si durement frappé nos voisins de Sainte-Lucie, a quelque peu éclipsé une information qui n’a pas eu, ici ou là, l’écho nécessaire. En effet, des maires de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Dominique, de Sainte-Lucie, et d’Haïti ont créé la Fédération des Collectivités Créoles (FCC). C’est le maire Cari Guadeloupéen, Jean-Claude Malo qui a été élu par ses pairs, Président de la FCC.

Cette «Fédération» qui prend naissance en 2010, est le résultat d’un long et besogneux travail initié par Garcin Malsa, le maire de Sainte-Anne (Martinique) qui comme certains de ses collègues et camarades maires sous domination coloniale est un maire créole !

Un maire créole ?

L’expression a de quoi surprendre, et étonnera plus d’un mais, à bien regarder, elle reflète une réalité très concrète. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Sainte-Lucie, la Dominique, Haïti, mais aussi la Réunion, l’île Maurice, les Seychelles, Rodrigues ont en commun, non pas seulement un passé marqué par la domination coloniale ouest-européenne, mais aussi et surtout par la création, jadis, l’usage au cours des 3 derniers siècles, et aujourd’hui la réappropriation d’une langue matricielle : le Créole.

Ce patrimoine linguistique, mais qui n’est pas que cela, est bien le ciment fédérateur des hommes et des femmes à qui, le colon n’a jamais pu enlever ce socle fondateur que sont la langue et la culture créoles.

Oui, je sais qu’on m’objectera que le créole haïtien, n’est pas celui des mauriciens, pas plus que le créole sainte-lucien, n’est pas celui des guadeloupéens. Mais, à ceux-là, on pourrait très aisément répondre, est-il plus aisé pour un basse-terrien, de comprendre un locuteur russe ou chinois, qu’un locuteur réunionnais ?

Tous les guadeloupéens, ou tout au moins ceux qui ont l’occasion de se rendre à Maurice ou à la Réunion, savent qu’il faut moins d’une semaine d’exercice et d’écoute pour (bien) comprendre voire parler le Créole de l’Océan indien.

Mais, être Créole, ce n’est pas que parler Créole. Se profile à l’horizon, un concept nouveau.

Les ouvrages récents de la philosophe réunionnaise indo-créole, Aude Emmanuelle Hoareau (Concepts pour penser créole) ou de la philosophe gwada-créole Marlène Parize (la maïeutique créole) prouvent qu’il y a là, les prémisses d’une vision créole du monde. Ces deux ouvrages qu’il faut lire, d’urgence sont-ils les premiers vagissements d’une philosophie accouchée du créole ?

Ces idées, sont à coup sûr, des catégories nouvelles qui vont sans aucun doute, contribuer à bouleverser nos schémas traditionnels. Car, cette identité créole qui commence à se singulariser, que Glissant avait identifié, est partagée par des peuples et nations qui sont parfois proches (Caraïbe) ou éloignés (Océan Indien) mais qui ont en commun, un patrimoine commun presque génétique : le Créole.

Doit-on dès lors, on peut parler pour ces peuples insulaires dispersés aux quatres vents, de mers, de nations créoles ?

C’est un nouveau débat qui s‘ouvre, au moment ou le nationalisme guadeloupéen, martiniquais, tel que « pensé » dans les années 60 s’essouffle, s’étiole et s’avère improductif dans tous les domaines, il devient nécessaire de penser Nasyon Kréyol : soyons créatifs !

Danik I. Zandwonis

Source caraibcreolenews.com