Maryse Condé quitte la Guadeloupe avec une certaine amertume

Hier 12 juillet 2007, Dans une interview accordée à Gérard César de Télé Guadeloupe, l’écrivain Maryse Condé a annoncé qu’elle quittait définitivement l’île qui l’a vue naitre et où elle vivait depuis 22 ans. Cette figure de proue de la littérature française des Antilles vivra désormais entre New-York et Paris. Connue pour son franc-parler, l’auteur de Segou, qui a essuyé de lourdes désillusions électorales aux côtés des indépendantistes de Guadeloupe, a tenu un discours qui fait déjà grincer des dents « au pays »…

Extraits :

« Le tour d’esprit que j’ai, qui est assez critique, assez lucide, qui essaie toujours de faire la part des choses, qui refuse la mythification, l’idéalisation facile, n’a pas convenu aux Guadeloupéens. Ils aiment les gens qui disent que la Guadeloupe est un paradis, la Guadeloupe n’est pas un paradis, ce n’est pas un enfer mais ce n’est certainement pas un paradis. (…)

Qu’est-ce que tu laisses en Guadeloupe ?

Rien, pas grand-chose. Moi j’ai beaucoup pris. Quand je regarde mes livres, je sais que j’ai beaucoup pris de la terre de Guadeloupe, pas des gens mais de la terre de Guadeloupe. Le pays me parlait, le vent, la mer, les arbres, la nature, la montagne, le pays avait une voix extraordinaire, belle et puissante que j’ai enregistrée, mais les gens je crois ne m’ont pas donné grand-chose et n’ont pas pris grand-chose de moi. Je pense que ça ne les intéressait pas. (…)

La Guadeloupe est un pays complètement laminé, décervelé par le colonialisme, un pays où on a peur de l’avenir, où on parle toujours du passé, un pays qui se replie sur ses traditions et qui ne veut pas la nouveauté, la création, la créativité. » (…)

Je crois que Victoire, les saveurs et les mots sont mon adieu à la Guadeloupe. J’ai bien trouvé la famille à laquelle j’appartenais. J’ai bien compris ma mère, ma grand-mère, tout ce qui les a entourées. Donc je pense que maintenant, je peux partir, essayer de faire autre chose dans ce monde qui est nouveau, qui est différent et qu’Edouard Glissant appelle le Tout-Monde, qui est une très belle expression. Il faut maintenant écrire et créer à la mesure du Tout-Monde. »