Littérature : Claude Ribbe publie « Les Nègres de la République »

Présentation de l’éditeur

Une « question noire » a brusquement fait irruption dans la presse, le débat intellectuel, les enjeux électoraux : concurrence des mémoires, révolte des banlieues, racisme « anti-blancs », affaires Frêche, Sevran, Finkielkraut, Dieudonné, Halimi, Napoléon, Pétré-Grenouilleau, Tribu Ka, statistiques « ethno-raciales », discrimination positive, naissance du Cran…

Personne ne semblait jusqu’ici douter que les « noirs » de France constituent un groupe homogène. Nul ne s’interrogeait jamais sur la pertinence et la légitimité d’une vision raciale du monde et de l’histoire. Mais, au fait, qu’est-ce que le racisme ? Qu’est-ce qu’un « noir » ? Qui sont les Antillais et Africains de France ? Au-delà des apparences, ont-ils quelque chose en commun ? Et si la prétendue «question noire» n’était qu’une poussée de racisme ordinaire qui se serait emparée de l’establishment ? Et si la négritude n’était que de la littérature ? Et si certains politiques jouaient avec le feu ?

De sa plume allègre et iconoclaste, Claude Ribbe fait l’historique d’un tabou, pose enfin les questions philosophiques qu’on n’osait soulever depuis Sartre et rappelle l’urgence de se conformer aux fondamentaux de la République, sans distinction de couleur. Claude Ribbe est normalien, agrégé de philosophie, écrivain, philosophe et historien. Membre de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), président du Collectif DOM, il est l’auteur du Best-seller Le Crime de Napoléon.

Extrait du livre

La jurisprudence esclavagiste française, établie au XVIIIe siècle par les conseils supérieurs coloniaux (mais heureusement contestée à l’époque par bon nombre de magistrats métropolitains) déclare « gens de couleur » ceux qui ont au moins un ancêtre « noir », ainsi que leur descendance dans les siècles des siècles.

Ce n’est plus tant une question de couleur de peau qu’un vertige identitaire, une fixation pathologique sur la « souillure » du « sang ». Chercher à déterminer qui est « noir » et qui ne l’est pas, c’est inévitablement se reporter à la nomenclature négrière telle qu’elle est transcrite par un Moreau de Saint-Méry qui va flairer la « pureté » des origines jusqu’à six générations et donne des noms d’oiseau à tous les cas de figure. Une classification évidemment absurde : si le principe en est la présence d’au moins un ascendant « noir » dans un arbre généalogique, pourquoi ne pas dire plutôt que tout « noir » ayant un ancêtre « blanc » serait « blanc » ? Puisque les choses ne semblent pas procéder de la même logique dans les deux sens, il faut bien admettre qu’il s’agit là d’un pur et simple préjugé.

Mais, puisque j’entends déjà s’indigner les négromanes et leurs protégés, ces noiristes qui tiennent absolument à revendiquer leur couleur, convenons un instant avec eux qu’il y ait effectivement des « noirs » en France : si le raciste ne laisse jamais le choix à sa victime, qu’en sera-t-il pour les bienfaiteurs et plénipotentiaires autoproclamés des « noirs » ? À supposer qu’une taxinomie puisse être établie, tiendront-ils compte de l’avis des intéressés ? Que faire si les prétendus « noirs » refusent l’appellation contrôlée dont leurs amis et supposés représentants voudraient les gratifier ? Dépassons cette nouvelle difficulté et supposons que l’on tienne pour « noirs » tous les « noirs et autres gens de couleur » (selon la formule discriminatoire du temps de Louis XVI remise au goût du jour par Napoléon). Imaginons que tous les intéressés soient obligés de se reconnaître dans cette catégorie où, pour leur bien, on les aurait enfermés à double tour. Cela formerait-il pour autant une population homogène ?

Claude Ribbe. Les Nègres de  la République (2007). Editions Alphee.