Football : Le coup de boule de Raphaël Confiant au journaliste Serge Bilé

L’article du journaliste Serge Bilé dans le Nouvel Observateur du jeudi 13 juillet 2006 a fait bondir l’écrivain nationaliste martiniquais Raphaël Confiant. Afin de permettre le débat, nous publions ce texte polémique dont nous ne partageons évidemment pas le contenu, notamment la créolité vécue comme fermeture identitaire; et l’interdiction faite au journaliste de RFO Martinique de s’exprimer comme bon lui semble sur les sujets de son choix sous prétexte qu’il est noir et d’origine africaine.

Trop c’est trop !

Par Raphaël CONFIANT

CETTE FOIS, un certain journaliste, franco-africain résidant la Martinique, vient de dépasser les bornes de l’obligation de réserve inhérente à toute personne vivant dans un pays qui n’est pas le sien. Trop, c’est trop !

Dans un articulet du dernier numéro d’un hebdomadaire français (en date du 13-19 juillet), ce monsieur donne une image totalement partiale et déformée de l’impact de la performance de l’équipe de France de football sur le peuple martiniquais. En effet, non content que ne donner la parole qu’à des fanatiques du drapeau bleu-blanc-rouge, non content de déverser un discours franco-négriste dégoulinant de mauvaise foi et d’hypocrisie, il s’autorise même à tourner en dérision la ville de Rivière-Pilote au motif que ce fief indépendantiste aurait ressorti le drapeau français à l’occasion de la finale.

Qu’il y ait beaucoup de Martiniquais qui aient supporté l’équipe de France, c’est un fait, mais delà à faire croire au lecteur hexagonal qu’il s’est agi de la totalité de notre peuple relève de la malhonnêteté intellectuelle. Que deux pelés et trois tondus de l’opposition municipale à Rivière-Pilote aient brandi le fanion de leur mère-patrie, c’est aussi un fait et c’est leur droit démocratique le plus absolu. Mais de là à les confondre avec toute la population de cette commune relève de la désinformation.

Monsieur, le seul fait d’avoir la peau noire ne vous donne pas automatiquement le droit de parler ou d’écrire au nom du peuple martiniquais. Elle ne vous donne pas le droit de diffuser à longueur de journal télévisé votre idéologie assimilationniste et profrançaise. Tout étranger qui s’installe dans notre pays et est prêt à se battre pour notre cause, notre seule et unique cause, à savoir l’accession à la souveraineté nationale, est le bienvenu. Qu’il soit Africain comme vous, Ouzbek ou Eskimo. Mais tout étranger qui se mue en agent de la francisation et du colonialisme français, c’est-à-dire en destructeur de notre langue et de notre culture martiniquaises, en clair de notre identité, ne devra pas s’étonner d’être traité en adversaire par ceux qui se battent pour que la Martinique devienne enfin libre, cela en accord avec les règlements du Comité de Décolonisation de l’ONU.

Si vous voulez jouez au nègre à Blanc, au Nègre français ou au Français noir, c’est votre problème, mais allez le faire en Afrique !

Ici, nous sommes des Martiniquais, des Antillais, des Caribéens, des Créoles et rien d’autre !

Et surtout, nous nous battrons pour le rester. R.C.