Martinique : Bernard Hayot invite Aimé Césaire à la plantation d’un Courbaril

Le 17 décembre 2001 au François (Martinique), l’homme d’affaires Bernard Hayot invite Aimé Césaire à la plantation d’un courbaril à l’habitation Clément. Pour marquer cet instant inédit, cette volonté de dialogue véritable entre noirs et békés, l’immense poète Nègre prononça un discours historique que nous reproduisons ici.

Messieurs,

La plantation d’un courbaril !
Un des plus beaux arbres martiniquais, menacé et sans doute en voie de disparition.

Merci à vous d’essayer de le sauver et d’en rappeler toute l’importance.
Importance réelle, économique sans doute,
Importance sociale, mais à mes yeux, plus encore,
Importance symbolique.

Le courbaril, c’est à dire l’enracinement dans le roc s’il le faut, mais vainqueur grâce à l’entêtement et au vouloir vivre.

Le courbaril : l’appui sur la profondeur du sol pour l’élan médité et patient.

Le courbaril, la démarche lente, mais résolue vers l’avenir.

Ce sont toutes ces valeurs que nous rappelle la cérémonie que vous avez organisée ce matin.
Ce qui est valable pour l’arbre est valable pour l’homme.

Merci de le rappeler à notre communauté, elle aussi en péril.

Mais pourquoi être pessimiste ?
Le courbaril est là pour nous l’interdire.

Avec ses feuilles. Non. Avec sa feuille, une feuille Double et pourtant Une.

Regardez-la.
Ici la bi-foliation se fait intime et partenariale.

Une particularité botanique sans doute, mais dans laquelle je me permettrai de voir le symbole de la solidarité indispensable à notre peuple en notre époque de survie.

Aimé CESAIRE

Fort-de-France, le 17 Décembre 2001